WIKILEAKS : DANS LA TETE D’ERDOGAN

Une note de l’ancien ambassadeur américain en Turquie révélée par Wikileaks  dressait en 2004 un portrait sans concession du premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan. Charismatique mais orgueilleux, compétent mais autoritaire, le leader de l’AKP était alors présenté comme « le seul partenaire capable » pour les Etats-Unis en Turquie.

L’ancien ambassadeur américain en Turquie, M.Eric Edelman, n’est plus vraiment le bienvenu à Ankara depuis que ses câbles diplomatiques ont été diffusés par Wikileaks.
Le comité exécutif de l’AKP aurait  décidé mercredi dernier de le poursuivre en justice pour avoir notamment relayé les  accusations de corruption qui pèsent sur le premier ministre et chef du parti M.Erdogan, soupçonné de posséder des comptes bancaires secrets  en Suisse. Très remonté, l’ancien maire d’Istanbul, qui a toujours fait campagne sur le thème de la lutte contre la corruption, a qualifié ces accusations de « calomnies » et attend du gouvernement américain qu’il sanctionne les diplomates en cause.

Parmi les notes incriminées se trouve en particulier un portrait dressé en 2004 par M.Edelman (en poste de 2003 à 2005) à l’occasion de la visite du premier ministre turc à Washington. Un portrait sans concession qui pourrait bien faire le jeu de ses adversaires politiques.

On y découvre un homme compétent, charismatique, grand orateur, proche du peuple et « doué d’une mémoire hors-du-commun pour les noms et les visages ». Un « politicien-né », en quelque sorte, désireux d’amener la Turquie sur la voie des réformes et de la prospérité, quittes à « défier ceux qui se réservaient traditionnellement le pouvoir »

Mais on y apprend également que l’ancien maire d’Ankara possède certains traits de caractère moins avenant, au premier rang desquels « une fierté insupportable » ainsi qu’« une ambition débridée» qui, de l’avis de l’ancien ambassadeur, le rendraient « vulnérable » aux erreurs d’appréciation, « notamment en matière de politique étrangère ». « Exceptionnellement susceptible » et « autoritaire », Erdogan se considérerait très sérieusement comme « le leader le plus important du monde musulman », « convaincu d’avoir reçu de Dieu la mission de guider la Turquie », comme il l’aurait évoqué lors d’un discours devant le Congrès de l’AKP en octobre 2003.

Plus intéressant encore, la note lui reconnait –à plusieurs reprises- une « âme pragmatique » qui l’a éloigné des milieux islamistes de ses débuts mais elle serait à mettre sur le compte de son appétit pour le pouvoir et de sa volonté « démesurée » de le garder. Ainsi s’expliquerait qu’il prenne du temps pour mettre en œuvre un hypothétique « agenda islamiste ».

A l’époque, M.Edelman voyait pourtant dans ce sens du rapport de force une qualité substantielle faisant de Recep Tayyip Erdogan un interlocuteur avec lequel il est possible de négocier et, en l’absence d’alternative crédible dans son parti comme dans l’opposition, le « seul partenaire capable d’avancer dans la vision américaine d’une Turquie démocratique et intégrée en Europe ».

Aurait-il les mêmes mots aujourd’hui ?

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