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SEISME: LES FAMILLES RESCAPEES RELOGEES CHEZ L’HABITANT

Alors que les recherches de survivants ont pris fin, plus de 17 000 turcs ont accepté d’accueillir temporairement les rescapés du séisme.

Le gouvernement turc a officiellement repris à son compte un projet initialement lancé sur Twitter qui proposait aux citoyens turcs d’accueillir les familles laissées sans domicile par le séisme qui a dévasté la région de Van le 23 octobre dernier.

Plus de 17 000 personnes ont déjà répondu à l’appel et les 60 premiers relogés quitteront samedi prochain les camps de toiles installés par les autorités.

Le projet, appelé « Ma maison est ta maison, Van », a été à l’origine imaginé par un journaliste, Ahmet Tezcan, qui espère pouvoir profiter de ce drame pour rapprocher les populations turques et kurdes. «  Le tremblement de terre a libéré des sentiments fraternels qui ont été étouffés pendant 200 ans » explique-t-il, « ils ont jailli du sol avec le séisme ».

En 1999 le terrible tremblement de terre qui avait frappé l’ouest du pays, notamment la ville côtière d’Izmir, le long de la mer Egée, avait été le début d’un rapprochement historique entre Ankara et Athènes.

Près de 600 morts

La nouvelle intervient alors que les recherches pour trouver des survivants ont pris fin il y a quelques jours, après quelques miracles, comme un bébé de seulement 16 jours ramené indemne des décombres de sa maison avec sa mère et sa grand-mère.

Le bilan officiel fait désormais état de 596 morts et plus de 4000 blessés. Au total, ce sont plus de 5000 bâtiments qui se sont effondrés, laissant des dizaines de milliers de personnes sans abri.

Alors que près de 150 camions ont commencés à déblayer le terrain, le ministre de l’Environnement et de l’Urbanisme, Mücahit Demirtaş, a annoncé que le gouvernement renforcerait dès janvier 2012 la législation sur la construction pour mieux surveiller les méthodes des entreprises de BTP et s’assurer que les normes anti-sismiques soient respectées.

Le + du Grand Turc : Pendant les travaux, le terrorisme continue : le 28 octobre dernier, 5 jours seulement après le séisme, le PKK tuait deux policiers dans la province d’Osmaniye. L’opération intervenait le lendemain du retrait officiel des troupes turques de la vallée de Kazan, qui s’étend du nord de l’Irak à la province d’Hakkari, où 24 soldats avaient été tués dans une attaque militaire à la mi-octobre.

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LE SEISME NE CALME PAS LES TENSIONS AU KURDISTAN

Alors que le pays se mobilise pour venir en aide aux victimes du séisme de dimanche dernier, le Parlement turc a annoncé qu’il ne reporterait pas son débat sur la lutte contre le PKK .

Drame dans le drame: selon les autorités, seules 9% des maisons de la ville de Van étaient assurées contre les catastrophes naturelles

Le parti kurde BDP avait demandé son report hier mais le débat parlementaire sur le conflit au Kurdistan aura bien lieu, c’est ce qu’à décidé ce matin le Président de la Grande Assemblée nationale de Turquie, Cemil ÇiÇek, invoquant des raisons procédurales.

La discussion à huit-clos avait été prévue jeudi dernier après qu’une attaque du groupe séparatiste kurde PKK ait fait 24 morts au cours de 8 attaques simultanées dans la province de Hakkari.

Les députés du BDP, rejoint par de nombreux autres de divers sensibilités politiques, avaient demandé le report, voire l’annulation du débat parlementaire alors que les habitants de la province kurde de Van sont encore sous le choc du terrible séisme de dimanche dernier, qui a fait selon le dernier décompte 432 morts et près de 1500 blessés.

Le visage de l’unité

En déplacement lundi sur les lieux du drame, le chef du parti kurde,  Selahattin Demirtas, espérait profiter de la tragédie pour détendre la situation après trois mois de conflits.
Au milieu des gravats, il avait appelé à observation d’une trêve le temps de répondre à l’urgence humanitaire : « L’heure est aux soins et à la solidarité » avait-t-il déclaré « Nous réglerons nos différents plus tard ». Comme preuve de sa bonne  volonté, il avait retiré dans la foulée la motion de censure prévue à l’encontre du ministre de l’Intérieur, İdris Naim Şahin.

Il a tout de même tenu a remercié la population turque pour l’aide qui afflue de tout le pays sous forme de tentes et de couvertures : « Ce soutien est un signe de fraternité. Merci tout le monde » pouvait-on lire sur son compte Twitter.

Il n’est pas le seul a vouloir afficher le visage de l’unité. Le président turc Abdullah Gül se félicitait hier de voir que « chaque citoyen de l’est ou de l’ouest du pays » se sentait « touché » par le drame et que les habitants de Van « n’étaient pas seuls », que « l’état turc leur tend la main ».

Sur place en effet les secours s’organisent. L’armée turque a dépêché 11 bataillons, le Croissant Rouge a envoyé plus de 7 700 tentes et 22 000 couvertures et transformé le stade de la ville d’Ercis en centre d’accueil. Le ministère de la Santé a envoyé 145 ambulances et une équipe médicale de 500 personnes, fait évacuer hôpital de Van et monter deux hôpitaux de campagne.

Hostilités

Derrière les appels à la conciliation et l’effort humanitaire, les tensions subsistent néanmoins. Si le pays se mobilise pour venir en aide aux populations sinistrées, certaines réactions d’hostilités dans la presse attestent du malaise qui s’est installé en Turquie depuis la reprise des combats entre l’armée et le PKK cet été.

Outre les blogueurs et les nombreux tweets qui voient dans la catastrophe une vengeance divine contre l’attentat de jeudi dernier, un présentateur renommé de la chaine d’information Habertürk, Duygu Canba, a déclenché un scandale après avoir déclaré en direct lundi soir qu’il était peiné pour les victimes  « même si » cela se passait dans la province kurde de Van.
Munge Ali, un présentateur de la chaine ATV, a quand à lui ironisé sur les demandes d’aide d’une population qui selon lui à l’habitude de « chasser les soldats kurdes comme des oiseaux« .

Si les intéressés ont du s’excuser publiquement,  certains journalistes et forces de l’ordre ont été par la suite accueillis à Ercis, l’épicentre du séisme, par des jets de pierres, ce à quoi la police a répondu à coups de gaz poivre.

A l’heure même où le séisme frappait le Kurdistan,  des centaines de milliers de personnes défilaient dans les rues des grandes villes du pays contre le PKK en hommage aux soldats tombés dans l’attaque d’Hakkari.

Suite à ce qui apparente plus à un acte de guerre qu’un attentat terroriste, l’armée turque a lancé la semaine dernière une vaste opération aérienne et terrestre dans le nord de l’Irak   et  encerclerait aujourd’hui les monts Kandil où se cache le QG de l’organisation.

Le + du Grand Turc: Alors que le nombre de sans-abris augmente et que la temperature descend, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan s’est enfin résolu à accepter l’aide de ses voisins.
Il coupe ainsi l’herbe sous le pied du principal parti d’opposition, le CHP, qui lui reprochait sa gestion  de la crise et notamment son refus de l’aide étrangère. On se souvient qu’en 1999 la mauvaise gestion du terrible tremblement de terre d’Izmir – qui avait fait plus de 17 000 morts-  avait précipité la chute du gouvernement CHP de Bülent Ecevit et l’arrivée au pouvoir de l’AKP trois ans plus tard.

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LE GOUVERNEMENT DEFEND LES NOUVELLES RESTRICTIONS SUR LA VENTE D’ALCOOL

Le gouvernement turc, qui  vient de durcir la réglementation sur la vente d’alcool, tient à rassurer les professionnels du tourisme.

Divers sujets devaient être abordés, comme le renvoi de la modérée Ayşe Sucu du Diyanet, la Direction des Affaires Religieuses, mais c’est le récent durcissement du gouvernement Erdogan sur la vente d’alcool qui a monopolisé l’intérêt des médias turcs lors de la conférence de presse donnée vendredi par le ministre d’Etat Faruck Celik.

Le ministre a essentiellement tenu à rassurer les professionnels du tourisme, inquiets des retombées économiques d’une telle mesure. « Cette loi ne limite pas la consommation d’alcool aux établissements pourvu d’une licence, comme les hôtels, et n’affectera donc pas le tourisme » a-t-il déclaré, avant d’ajouter qu’il n’y avait « aucune disposition dans la nouvelle loi concernant les zones côtières », la principale destination des nombreux touristes qui viennent chaque été en Turquie.

Interrogé sur « l’islamisation » de la politique gouvernementale, il a défendu l’esprit de la nouvelle réglementation, conforme selon lui aux règles européennes en la matière.

La veille, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan avait défendu sa mesure et accusé les critiques d’entretenir « une sombre propagande »  à l’égard de l’AKP. « Les gens boivent tant qu’ils veulent »,  a-t-il déclaré,  « nous ne cherchons pas à contrôler la facon dont les gens s’habillent, boivent ou croient ».

Les craintes d’une partie de la population

Le week-end dernier le gouvernement Erdogan avait fait passer par voie réglementaire plusieurs amendements à la législation sur la vente d’alcool.

Si la plupart des mesures sont majoritairement bien acceptées, comme l’interdiction de la vente de spiritueux le long des autoroutes, d’autres ont soulevé les interrogations, voire les craintes d’une partie de la population.

Ainsi,  les établissements gérés par des municipalités ne pourront plus servir de boissons alcoolisés, et toute forme de publicité  « incitative » sera prohibée, ce qui pourrait contraindre la célèbre équipe de basket-ball des « Efes Pilsen », sponsorisée par la célèbre marque de bière, avait changer de nom.
Les « flashs » d’alcool, ces petites bouteilles de moins de 20cl, seront désormais également bannis des étalages.

Plus étrange, cette disposition concernant les mariages en plein-air : les entreprises en charge de la restauration ne pourront plus servir d’alcool lors des festivités à moins que ces dernières ne se déroulent dans un établissement pourvu de la licence appropriée.

Des rassemblements,  organisés via Facebook, sont prévus le 29 janvier prochain dans plusieurs villes de Turquie pour manifester contre la nouvelle législation.

 

Le + du Grand Turc : Début janvier, le journal Radikal rapportait que le Premier ministre avait demandé à  l’organisation « Croissant Vert », d’établir une carte détaillée de la consommation d’alcool en Turquie.
L’organisation, crée en 1920 pour lutter contre la consommation d’alcool et de drogue, avait déjà rendu un rapport similaire en 2007.
Il indiquait que les plus gros buveurs se trouvaient chez les artistes et… les sociaux-démocrates (!). Les personnes se définissant comme conservateurs n’étaient que 2% à avouer leur consommation.

Le + du Grand Turc : Durant la conférence de presse vendredi,  le ministre d’Etat Farouk Celik s’est plaint que « à l’occasion d’évènements publics, les gens peuvent amener des litres d’alcool sans y être autorisés. Certains, ivres, se mettent alors à tirer en l’air » .
Un journaliste lui a alors demandé si, « plutôt que d’interdire la consommation d’alcool, le gouvernement ne devrait-il pas limiter la possession d’armes ? ».
Le ministre n’a pas répondu à la question.

 

 

 

 

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LA STATUE DE LA REUNIFICATION QUI DIVISE LA CLASSE POLITIQUE

Destinée à représenter la paix retrouvée entre turcs et arméniens, le « Monument de l’Humanité » crée la polémique. Et pas seulement  pour des raisons esthétiques.

"Le Monument de l'Humanité". Commencés en 2006, les travaux ont été arrêtés l'an dernier par la mairie de Kars.

« Ils ont érigé une chose étrange » et « inacceptable » a déclaré dimanche dernier le Premier Ministre Recep Tayyip Erdogan à propos du « Monument de l’Humanité » qui surplombe la ville de Kars, dans l’est de la Turquie.

Censée représenter les récentes retrouvailles entre la Turquie et son voisin arménien, la statue de béton, haute de 35 mètres, représente deux hommes de face, l’un tendant la main à l’autre. Son style, qui tranche pour le moins dans le paysage local, n’est cependant pas ce qui dérange  le plus le premier ministre.

En visite à Kars dimanche dernier, ce dernier a critiqué l’emplacement choisi pour ériger le monument, à 500 mètres environ d’un lieu de pèlerinage dédié à Hasan Harakani, un des pionniers de l’Islam turc au Xème siècle.  « Ils ont mis une monstruosité à coté d’un sanctuaire » a-t-il déploré, promettant que le nouveau maire de la ville, Nevzat Bozkus, membre de l’AKP, allait  « très vite faire son travail »  et transformer cet « affront » en « un joli parc » .

L’opposition laïque a qualifié de « honteuses » de telles déclarations, ajoutant que « la sculpture n’est ni étrange ni moche » .

Le sculpteur Mehmet Aksoy, qui a dessiné la statue, a défendu son travail sur la chaine de télévision NTV et déclaré que sa destruction rappellerait au monde celle des Bouddhas géants de Bamiyan par les talibans en 2001.

Des relations toujours tendues avec l’Arménie

Relayées le lendemain par le ministre de la culture Ertugul Gunay, les accusations portées contre la statue rejoignent les critiques des nationalistes qui s’opposent à toute réconciliation avec Erevan.

Les relations entre la Turquie musulmane et l’Arménie majoritairement chrétienne sont toujours extrêmement tendues.

Ankara avait fermé ses frontières avec l’Arménie en 1993 pour protester contre la guerre pour le Haut-Karabagh qui opposait celle-ci à l’Azerbaïdjan, gros producteur d’hydrocarbure et allié de la Turquie.

Le président turc, Abdullah Gül, avait fait un pas important en 2009 en allant personnellement à Erevan assister à un match de football aux côtés du président arménien Serge Sarkissian. Un geste fort, qui avait entrainé la conclusion de plusieurs accords historiques et la réouverture des frontières.

Le rapprochement amorcé par cette « diplomatie du football » n’a pas cependant donné lieu à une réelle normalisation des relations entre les deux pays, la Turquie refusant toujours de qualifier de « génocide »  les massacres de populations arméniennes durant la Première Guerre mondiale.

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LA PRESSE TURQUE TOUJOURS SOUS PRESSION

La Turquie célébrait hier le 50ème anniversaire de la Journée des  Journalistes  alors que la rédactrice d’un journal kurde vient d’être condamnée à…138 ans de prison !

A l’occasion du 50ème anniversaire de la Journée des Journalistes, hier, le Syndicat des Journalistes Turcs (TGS) a dénoncé les menaces qui pèsent toujours sur la situation de la presse en Turquie.

A en croire son président,  Ercan Ipekci, plus de 50 journalistes seraient  actuellement emprisonnés, et près de 4000 feraient toujours l’objet d’une enquête. Parmi les personnes incarcérées, seule une minorité a été effectivement condamnée, la plupart attendant leur procès en prison.

« L’actuelle législation rend impossible de s’opposer aux procédures engagées contre les journalistes » a-t-il déploré,  » la Turquie a besoin d’amendements législatifs pour permettre  aux journalistes de faire leur travail tranquillement. »

La Journée des  Journalistes célèbre le vote de la loi n°212 du 10 janvier 1961 définissant les droits professionnels et économiques des journalistes. Elle est depuis en concurrence avec les nombreux articles du code pénal turc limitant la liberté d’expression, sanctionnant tout ce qui se rapporte de près ou de loin à l’armée ou la question kurde.

Le tristement célèbre article 301 du code pénal, punissant de prison ceux « dénigrent le peuple turc« , a été utilisé il y a peu, par exemple, pour arrêter le chroniqueur du quotidien libéral Taraf, Rasim Ozan Kütahyali , qui avait critiqué qu’un régiment se voit baptisé « Mustafa Muglali », du nom d’un général reconnu coupable d’avoir fusillé 33 villageois kurdes en 1943.
Il risque deux ans de prison, pour « humiliation de l’armée » et donc, par extension, du peuple turc.

La loi anti-terroriste de 1991 (et ses amendements de 2006) condamnant la « propagande d’une organisation terroriste » est une autre des menaces qui pèse quotidiennement sur la presse turque, la notion de « propagande » restant assez floue pour sanctionner toute allusion quel qu’elle soit au PKK. Le simple fait de relayer une déclaration officielle de l’organisation terroriste passe ainsi sous le coup de cette loi.
Le 30 décembre dernier, par exemple, un tribunal de Diyarbakir, au Kurdistan,  est allé jusqu’à condamner Emine Demir, l’éditrice d’un journal indépendantiste kurde à…. 138 ans de prison (!) pour 84 articles sur le PKK, soit une moyenne de 18 mois de prison par article.

Le président du Parlement, Mehmet Ali Sahin, a visité hier l’Association des Correspondants du Parlement, dirigée par Göksel Bozkurt, du journal Daily News. Il a déclaré : » les règles de la neutralité, de l’objectivité et de l’éthique ne devrait pas être ignorée des membres de la presse quand il remplisse leur devoir« .

Les intéressés apprécieront.

 

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COLERE DES ETUDIANTS CONTRE LES BRUTALITES POLICIERES

Des étudiants ont jeté des œufs sur un député de l’AKP lors d’un meeting mercredi dernier à l’université d’Ankara. Ils protestaient contre la répression violente des manifestations à Istanbul le weekend précédent.

Le député de l’AKP Burhan Kuzu, protégé par une barrière de parapluie. La présence de ces derniers laisse penser que ces dérapages étaient attendus des participants.

Ils venaient affronter une volée d’arguments  mais c’est une pluie d’œufs et de papier-toilette qui les attendait.

Burhan Kuzu, député l’AKP et Süheyl Batum, secrétaire général du CHP, était venus à l’université d’Ankara mercredi dernier débattre des  futures réformes constitutionnelles mais un groupe d’étudiant les a violemment pris à partie dès les premiers instants de la réunion à propos des brutalités policières du weekend précédent. Certains d’entre eux brandissaient une pancarte « Bienvenue au Collectif des Oeufs ».
M.Batum a alors quitté la salle de classe, laissant M.Kuzu seul face aux projectiles qui n’ont pas tardé à pleuvoir par dizaines. C’est sous la protection des parapluies de ses gardes du corps qu’il s’est enfui, après avoir qualifié les agitateurs d’ « écervelés ».

Bataille d’œufs contre gaz poivre

A l’origine des troubles, une manifestation estudiantine qui avait été très violemment réprimée le 4 décembre à Istanbul.

Environ 150 étudiants, regroupés dans des bus, avait tenté de manifester devant le palais Dolmabahçe où se tenait une rencontre entre le premier ministre Recep Tayyip Erdogan et les recteurs d’universités. Les forces de l’ordre avait  bloqué les trois cars avant leur destination, interdisant à leurs occupants de sortir avant de les obliger à faire marche arrière.
Des échauffourées avaient alors éclatés après quelques lancers d’œufs sur les policiers, qui ont répliqué au gaz poivre et à la matraque, faisant de nombreux blessés parmi les manifestants. Une jeune étudiante enceinte a été rouée de coups alors qu’elle se trouvait au sol et à perdu son enfant.

Une jeune femme de 19 ans a perdu le bébé qu’elle portait après avoir été malmenée par la police

Après avoir initialement défendu l’action de la police, Le ministre de l’Intérieur, Besir Atalay, a fini par envisager publiquement l’éventualité d’une bavure. Les critiques se concentrent aujourd’hui sur Huseyin Capkin, le chef de la police stambouliote.

Mainmise grandissante

Les étudiants manifestaient contre le projet gouvernemental de privatiser certaines universités, ce qui aurait pour conséquences probable la hausse des frais d’inscriptions. Les milieux laïques craignent eux  la mainmise grandissante des religieux sur les établissements privés.

Le gouvernement Erdogan est fréquemment accusé de chercher à islamiser l’enseignement supérieur turc.
En 2006, le recteur de l’Université de Van, laïc convaincu, avait été arrêté deux fois par la police pour être ensuite libéré sans qu’aucune charge ne soit retenue contre lui. Il avait à l’époque parlé d’acharnement à son égard. Le Parlement a accepté ces dernières années la création de nombreuses universités, laissant au gouvernement l’autorité d’en désigner les recteurs (alors qu’il était de tradition que cette prérogative revenait au Bureau de l’Éducation Supérieure, un organe indépendant).
Après avoir autorisé le retour du voile à l’université en 2008, les rumeurs voudraient que le premier ministre cherche désormais à remplacer Nusret Aras, le doyen et recteur de l’université d’Ankara, fondé par Kemal Atatürk, où l’influence religieuse est très faible.

Si la classe politique turque a dans son ensemble appelé au calme, l’opposition a trouvé là un argument de plus pour déstabiliser l’AKP, en position délicate depuis les récentes révélations de Wikileaks sur de supposés comptes bancaires secrets que le premier ministre posséderait en Suisse.

Ce dernier s’est défendu le lendemain en accusant les « protestataires soutenus par l’opposition » de  «pratiquer le fascisme sous le voile de la démocratie » : « Pourquoi jetez-vous des œufs ? De quel genre de liberté s’agit-il ? Si c’est cela la liberté, alors je ne suis pas du coté de la liberté » a-t-il ajouté à l’égard des manifestants.

Ces événements rappellent en tout cas de mauvais souvenir à la population turque, ceux des années 70, durant lesquelles les affrontements entre étudiants et forces de l’ordre ont fait des milliers de morts.

Le + du Grand Turc: Le premier ministre a conseillé aux étudiants d’aller se faire cuire un œuf, ou plutôt de se « faire une omelette s’ils ont assez d’argent pour s’acheter des œufs». Le député  éclaboussé, Burhan Kuzu a eu la même réaction, leur conseillant de manger leurs projectiles pour « développer leur cerveau« …

 

 

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WIKILEAKS : DANS LA TETE D’ERDOGAN

Une note de l’ancien ambassadeur américain en Turquie révélée par Wikileaks  dressait en 2004 un portrait sans concession du premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan. Charismatique mais orgueilleux, compétent mais autoritaire, le leader de l’AKP était alors présenté comme « le seul partenaire capable » pour les Etats-Unis en Turquie.

L’ancien ambassadeur américain en Turquie, M.Eric Edelman, n’est plus vraiment le bienvenu à Ankara depuis que ses câbles diplomatiques ont été diffusés par Wikileaks.
Le comité exécutif de l’AKP aurait  décidé mercredi dernier de le poursuivre en justice pour avoir notamment relayé les  accusations de corruption qui pèsent sur le premier ministre et chef du parti M.Erdogan, soupçonné de posséder des comptes bancaires secrets  en Suisse. Très remonté, l’ancien maire d’Istanbul, qui a toujours fait campagne sur le thème de la lutte contre la corruption, a qualifié ces accusations de « calomnies » et attend du gouvernement américain qu’il sanctionne les diplomates en cause.

Parmi les notes incriminées se trouve en particulier un portrait dressé en 2004 par M.Edelman (en poste de 2003 à 2005) à l’occasion de la visite du premier ministre turc à Washington. Un portrait sans concession qui pourrait bien faire le jeu de ses adversaires politiques.

On y découvre un homme compétent, charismatique, grand orateur, proche du peuple et « doué d’une mémoire hors-du-commun pour les noms et les visages ». Un « politicien-né », en quelque sorte, désireux d’amener la Turquie sur la voie des réformes et de la prospérité, quittes à « défier ceux qui se réservaient traditionnellement le pouvoir »

Mais on y apprend également que l’ancien maire d’Ankara possède certains traits de caractère moins avenant, au premier rang desquels « une fierté insupportable » ainsi qu’« une ambition débridée» qui, de l’avis de l’ancien ambassadeur, le rendraient « vulnérable » aux erreurs d’appréciation, « notamment en matière de politique étrangère ». « Exceptionnellement susceptible » et « autoritaire », Erdogan se considérerait très sérieusement comme « le leader le plus important du monde musulman », « convaincu d’avoir reçu de Dieu la mission de guider la Turquie », comme il l’aurait évoqué lors d’un discours devant le Congrès de l’AKP en octobre 2003.

Plus intéressant encore, la note lui reconnait –à plusieurs reprises- une « âme pragmatique » qui l’a éloigné des milieux islamistes de ses débuts mais elle serait à mettre sur le compte de son appétit pour le pouvoir et de sa volonté « démesurée » de le garder. Ainsi s’expliquerait qu’il prenne du temps pour mettre en œuvre un hypothétique « agenda islamiste ».

A l’époque, M.Edelman voyait pourtant dans ce sens du rapport de force une qualité substantielle faisant de Recep Tayyip Erdogan un interlocuteur avec lequel il est possible de négocier et, en l’absence d’alternative crédible dans son parti comme dans l’opposition, le « seul partenaire capable d’avancer dans la vision américaine d’une Turquie démocratique et intégrée en Europe ».

Aurait-il les mêmes mots aujourd’hui ?

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