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LA TURQUIE ALOURDIT SES SANCTIONS CONTRE LA SYRIE

La guerre économique contre Damas franchit une étape avec l’augmentation des tarifs douaniers.

Le poste frontière de Nusaybin entre la Turquie et la Syrie, fermé pour cause de "maintenance"

Le ministre turc du Commerce et des Douanes, M. Hayati Yazici, a annoncé mercredi  7 décembre l’établissement de nouvelles sanctions contre le régime de Bachar el-Assad, parmi lesquelles la levée d’une taxe de 30% sur les marchandises venant de Syrie.

Ces décisions viennent compléter l’éventail de sanctions imposées à Damas par le gouvernement turc le 30 novembre dernier, parmi lesquels une interruption des transactions commerciales avec le gouvernement syrien et la Banque Centrale syrienne, ainsi qu’un gel des avoirs du régime al-Assad en Turquie.

Damas avait répliqué en suspendant un accord de libre-échange passé en 2004 après de longues négociations avec Ankara. La Syrie avait aussi augmenté ses tarifs douaniers avec la Turquie et ses prix pétroliers, et mis des entraves au transport routier entre les deux pays.

Mercredi le ministre de l’Economie turc, M. Zafer Caglayan, annoncait à cet égard que la Turquie commencerait dès cette semaine à exporter sa production vers l’Egypte à travers l’Irak et la Jordanie, pour contourner les routes commerciales syrienne utilisées jusque là.

Accrochage

Accusé d’accueillir à Istanbul le Conseil National Syrien, principal groupe d’opposants au régime, la Turquie est également soupçonnée d’abriter près de la ville d’Antakya, non loin de la frontière, des camps de l’Armée Syrienne Libre, formée de déserteurs de l’armé régulière du régime.

Damas s’insurge régulièrement contre l’entrée de ces « groupes terroristes armés » sur son territoire. Après un accrochage mardi soir au cours duquel des gardes frontières syrien ont mis en fuite un groupe d’une quarantaine d’individus, la Turquie s’en est défendue hier sans désigné ouvertement son voisin, en affirmant qu’elle n’ « autorisait pas des groupes armés a lancer des attaques contre d’autres pays » .

Une déclaration salué par le gouvernement syrien, qui a toutefois décider de fermé jusqu’à nouvel ordre le poste-frontière de Nusaybin, le long de la frontière avec la Turquie,  pour cause de « maintenance« .

Hier matin un attentat à la bombe a par ailleurs gravement endommagé l’oléoduc principal reliant les champs de pétrole à l’est du pays à la ville de Homs.

Ankara et Washington « perdent patience »

Ces événements surviennent alors qu’Istanbul a accueilli samedi dernier le vice-président américain Joe Biden, en visite dans la région pour officialiser le départ des troupes américaines d’Irak.
Il a rencontré en début de semaine à Bagdad le Premier ministre Nouri al-Maliki, souvent accusé de collusion avec l’Iran. Le gouvernement irakien, qui n’a pas voté les sanctions de la Ligue Arabe contre la Syrie, craint qu’une chute du pouvoir chiite à Damas n’offre une base arrière aux groupes sécessionnistes sunnites de la province occidentale d’al-Anbar.

Lors d’une conférence de presse avec le président turc, M Abdullah Gül, M. Biden a affirmé que l' »influence iranienne diminue dans la région » et souligné sa « conviction, que partagent les Turcs, qu’Assad et son régime sont actuellement la source d’instabilité en Syrie et posent le plus grand risque d’attiser les conflits confessionnels, pas seulement en Syrie mais au-delà » .

Il a ajouté que les Etats Unis et la Turquie « perdent patience et demande au président Assad de se retirer » .

A noter pour conclure,  M. Ahmet Davutoglü, l’omniprésent ministre des Affaires Etrangères turc, assistera au sommet OTAN/Russie ce jeudi à Bruxelles. Crise syrienne et radar turc seront à n’en pas douter au cœur des discussions.

Le + du Grand Turc : Alors qu’Ankara alourdissait sa pression sur l’économie syrienne, Bachar al-Assad donnait mercredi à la chaine américaine ABC une interview surréaliste où le dictateur récusait toute responsabilité dans la répression. « Ce reproche n’est pas crédible […] Je ne suis pas roi« ,  a-t-il déclaré avec le plus grand sérieux, « ce n’est pas mon armée personnelle » .

Après avoir soutenu que la plupart des 4500 morts étaient en réalité des « supporters » du régime, tués par la résistance, il a conclu en soulignant qu’il faudrait être « fou » pour donner de tels ordres.

Pour une fois il ne croit peut-être pas si bien dire.

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SYRIE: ANKARA MET SES MENACES A ÉXÉCUTION

Ankara emboite le pas de la Ligue Arabe en annonçant ce matin une série de sanctions économiques contre le régime syrien.
En réaction, la Russie envoie sa flotte en méditerranée.

Le ministre des Affaires Étrangères turc Ahmet Davutoglü considère que le régime syrien est « dans l’impasse »

Après de nombreux ultimatums et autant d’appels au calme, la Turquie a finalement mis ses menaces à exécution.

Huit mois après le début de la répression en Syrie, le ministre des Affaires Etrangères turc M.Ahmet Davutoglü a annoncé ce matin une série de sanctions économiques contre Damas assortie d’un embargo sur les armes.
En plus du gel des transactions commerciales et des transactions financières entre les banques centrales des deux pays, la Turquie stoppe toute coopération stratégique avec son voisin.
M Davutoglü a toutefois officiellement rejeté l’idée de couper les livraisons d’eau ou d’électricité, comme l’avait pourtant évoqué la semaine dernière le ministre de l’Energie Taner Yildiz.

Ces sanctions sont l’aboutissement d’un effort diplomatique coordonné avec la Ligue Arabe pour faire plier le régime el-Assad.
Réunis au Caire dimanche dernier en présence de M. Davutoglü, les ministres des Affaires Etrangères de l’organisation ont pris une série mesures de similaires, ainsi que le gel des avoirs syriens et l’arrêt des liaisons aériennes avec Damas.

La Syrie a été suspendu de la Ligue Arabe le 12 novembre dernier alors que l’ONU estime à plus de 4000 le nombre de civils tués depuis le début des troubles en mars, dont au moins 200 mineurs torturés à mort.

« GUERRE ÉCONOMIQUE » 

Avec ce train de sanction, le régime de Damas se trouve dans une situation précaire, qualifié par son ministre des Affaires Etrangères, Walid Al-Moallem, de véritable « guerre économique ». La Syrie, qui dispose de peu de matières premières,  réalise la majorité de ses exportations avec ses voisins arabes et turcs.

De son côté, la Turquie perd là un partenaire économique qui gagnait en importance ces dernières années.
Très dépendante de son commerce extérieur, la Turquie a besoin des routes syriennes pour exporter ses produits vers le reste du Machrek. Après avoir aboli l’obligation de visa en 2009, le volume des échanges entre les deux pays avait atteint 2.5 milliards de dollars l’an dernier.

Interrogé sur la question, le ministre turc des Transports, Binali Yildrim, a annoncé mardi qu’Ankara prévoyait l’ouverture de nouveaux postes frontières avec l’Irak, qui est appelé selon lui à devenir « la nouvelle route commerciale » de la Turquie.

LA RUSSIE HAUSSE LE TON

L'Amiral Kouznetov, le seul porte-avions russe, en route pour les côtes syriennes. Moscou assure que ces manoeuvres étaient prévues de longue date.

Autre source d’inquiétude à Ankara, les tensions grandissantes avec Moscou qui est aussi son premier partenaire énergétique.

Après avoir bloqué le mois dernier à l’ONU le projet de résolution contre le régime de Bachar-el-Assad, le ministre russe des Affaires Étrangères Serguei Lavrov, s’est insurgé hier contre l’ « injuste » embargo sur les armes imposé à la Syrie.
La Russie, qui lui aura fourni cette année pour 3.5 milliards de dollars de matériel militaire, s’occupe principalement de la modernisation de ses forces armées (chars T-72, Mig-29…) et l’installation de batteries de missiles sol-air S-300.

L’amirauté russe a d’ores et déjà annoncé le déploiement avant la fin de l’année d’une partie de sa flotte, notamment son unique porte-avions, le Kouznetsov, au large du port de Tartous où Moscou dispose d’une base permanente.

La Turquie quand à elle, si elle rejette toujours le principe d’une intervention militaire, s’est toutefois déclaré prête « à tous les scénarios« .

Le + du Grand Turc: le rapprochement des frères ennemis se poursuit : après la visite la semaine dernière d’Alain Juppé à Ankara, la France a invité la Turquie à la réunion des ministres des Affaires Étrangères européens demain à Bruxelles pour évoquer le cas syrien.
Une première qu’en toute subjectivité la rédaction du Grand Turc applaudit des deux mains.

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LA LIGUE ARABE SOUTIENT LA TURQUIE CONTRE DAMAS

Après avoir exclu temporairement la Syrie, la Ligue Arabe a lancé hier à Rabat un nouvel ultimatum à Bachar al-Assad.

Ahmet Davutoglü et le ministre des Affaires Etrangères marocaines M.Taib Fassi Fihri hier a Rabat lors du sommet.

La Ligue Arabe réunie hier a Rabat, au Maroc, a décidé de donner à Bachar el-Assad 3 jours pour mettre fin à la répression des manifestations, libérer l’ensemble des détenus politiques et accepter la venue de 500 observateurs.

Si ce n’est pas le premier, cet ultimatum intervient moins d’une semaine après que l’organisation ait décidé d’exclure temporairement la Syrie pour dénoncer les exactions qui ont fait depuis le début des troubles en mars près de 3500 morts selon l’ONU. Concrètement les diplomates syriens ne peuvent plus assister aux réunions.
La Ligue a déjà eut recours à ce procédé par le passé, notamment en 1979 quand elle exclut l’Égypte après la ratification des accords de Camp David avec Israël. Dernièrement c’est  la Libye de Kadhafi qui avait également été suspendu en février dernier.

Si Damas ne respectait pas cette feuille de route (qu’elle affirme pourtant appliquer depuis deux semaines), la Ligue pourrait alors confirmer cette suspension ou décider de son exclusion définitive, une décision peu réaliste qui demanderait l’unanimité des ses membres. De nouvelles sanctions économiques sont également envisagées.

Elle a toutefois rappelé, dans une déclaration commune avec la Turquie, son opposition à toute intervention étrangère.

UN APPUI ARABE

Présente lors des discussions en tant qu’observateur, la Turquie a salué la décision de la Ligue: « le régime syrien va payer très cher ce qu’il a fait »  confiait hier le ministre turc des Affaires Etrangères M. Ahmet Davutoglü aux journalistes qui l’accompagnait au Forum de Coopération Turco-Arabe qui s’est tenu en marge de la réunion , « on lui a donné une dernière chance mais elles [les autorités syriennes] ne l’ont pas saisi […] l’isolement est ce prix à payer pour ne pas avoir tenu ses engagements envers la communauté internationale».

 Le chef de la diplomatie turque avait reçu la veille le Conseil National Syrien, qui rassemble une importante partie des partis d’opposition au régime d’al-Assad, ceci pour la deuxième fois en moins d’un mois. Les membres du conseil, accueillis a Istanbul depuis le virage sanglant de cet été, en ont profité pour réitérer leur souhait d’obtenir une représentation permanente en Turquie. La décision en revient au Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, qui ne s’est pas encore prononcé qui le sujet.

Ancien allié de Damas,  aujourd’hui en première ligne de la bataille diplomatique, Ankara reçoit un appui arabe fort à ses menaces répétés.
Lundi le ministre de l’énergie turc, M. Taner Yildiz, a annoncé que la compagnie pétrolière publique turque, la TPAO, cessait toute coopération avec son homologue syrien en matière de prospection.
Il a évoqué la possibilité pour la Turquie de ne plus approvisionner son voisin en électricité.

Quelques heures plus tard, le Premier ministre Erdogan, qui comptait il y a peu parmi les amis personnels de Bachar al-Assad, déclarait lors d’une réunion de l’AKP qu' »on ne peut plus lui faire confiance » et que la Syrie est « sur un chemin dangereux », « au bord du gouffre », et doit « faire marche arrière ». « L’histoire de souviendra de ceux qui se nourrissent du sang de leur peuple » a-t-il conclu a l’adresse de son homologue syrien.

JUPPÉ À ANKARA

Ce regain de tension fait suite à l’attaque des représentations diplomatiques turques samedi après l’annonce de la suspension de la Syrie.

Des milliers de manifestant, armés de bâtons et de couteaux, ont notamment  brûlé le drapeau au croissant, un geste hautement symbolique dans la conscience collective turque. Ankara demande des excuses officielles, en plus de celle prononcés peu après par le ministre syrien des Affaires Etrangères Walid al-Moualem, et a fait évacués les familles de ses diplomates.

Appuyé par les régimes arabes, la Turquie peut également compté dans ce bras de fer sur le soutien de la France, dont les représentations consulaires ont également été attaquées par les manifestants.

Le ministre des Affaires Étrangères, Alain Juppé, qui a déclaré s’entendre « parfaitement » avec la Turquie sur le dossier syrien, a annoncé hier le rappel de l’ambassadeur français à Damas et doit se rendre aujourd’hui à Ankara pour évoquer l’avenir d’un régime qu’il a qualifié d’« autiste » devant l’Assemblée Nationale.

Le début d’un rapprochement ?

Le + du Grand Turc

Le ministre de l’Energie turc M.Taner Yildiz, a annoncé qu’après avoir mis un terme à sa collaboration avec la Syrie, la TPAO s’apprêtait à signer avec le géant anglo-néerlandais Shell un accord pour la prospection de pétrole et de gaz off-shore.

 S’il n’a pas précisé dans quelles zones maritimes doivent avoir lieu les explorations, la décision intervient alors que la Turquie est en conflit avec la République de Chypre qui a décidé unilatéralement d’exploiter le gisement Léviathan qu’elle partage avec Israël. Ankara a déjà envoyé un navire de prospection dans les eaux de Chypre-Nord, qu’elle est seule à reconnaitre, et exige que Lefkosa soit associé aux exploitations de la partie sud de l’île.

Le + du Grand Turc

La décision turque de cesser toute collaboration pétrolière avec la Syrie a été « chaleureusement accueilli » à la Maison-Blanche à en croire le conseiller à la sécurité nationale Ben Rhodes.
Certains voient dans l’action combiné de la Turquie et de la Ligue Arabe l’aboutissement d’une manœuvre américaine visant a utiliser ses alliés sunnites dans la région pour contourner les blocages russe et chinois au Conseil de Sécurité de l’ONU. Le ministre turc des Affaires Étrangères, M. Davutoglü a plusieurs fois rejeté l’accusation d’être le « sous-traitant » de Washington : »ce n’est pas parce que les Etats-Unis ont pris position que nous devons détourner nos regard de ce qui se passe en Syrie » s’est-il ainsi défendu la semaine dernière devant le Parlement turc.

Le ministre russe des Affaires Etrangères, Sergei Lavrov, a en tout cas  officiellement regretté la décision de suspendre la Syrie de la Ligue Arabe.

Depuis un accord passé entre Moscou et Damas en 1971, la Russie dispose d’une base navale dans le port de Tartous, actuellement en rénovation pour accueillir l’an prochain des navires lourds, comme des frégates, des croiseurs ou des portes-avions. Cet accès direct sur la Méditerranée est d’une importance géostratégique cruciale pour le Kremlin.

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LA FRANCE ET LA TURQUIE COORDONNENT LEURS EFFORTS ANTI-TERRORISTES

Après la sortie du président sur le génocide arménien hier à Erevan, Claude Guéant a signé ce matin à Ankara un accord de coopération sécuritaire sans précédent.

Le ministre de l'Interieur M. Claude Géant et son homologue turc, M. Idris Naim Sahin (AFP)

La France et la Turquie ont signé aujourd’hui, à l’occasion de la visite du ministre de l’Intérieur, M. Claude Guéant, un accord de coopération en matière de lutte contre le terrorisme et le crime organisé, une première dans l’histoire turque.

« Cet accord a des dimensions techniques et opérationnels [..] Il permettra aux forces de sécurité françaises et turques de lutter ensemble sur le terrain » a-t-il déclaré devant la presse, après avoir fait part de « la détermination totale et indéfectible » de la France aux cotés de la Turquie dans sa lutte contre le terrorisme du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK).

Le groupe séparatiste kurde a repris l’offensive cet été dans le sud-est du pays contre l’armée turque et l’une des branches radicales, les Faucons de la liberté du Kurdistan (Tak) a revendiqué l’attentat d’Ankara qui a fait trois morts le 20 septembre dernier.

L’accord de cessez-le-feu signé la semaine dernière entre Téhéran et la branche iranienne du PKK, le PJAK, fait de plus craindre à la Turquie que le Kurdistan irakien ne  serve désormais de corridor entre l’Iran et la Syrie, alors même que le Premier ministre turc hausse le ton contre Bachar el-Assad.

Les réseaux francais du PKK

La France, qui abrite la deuxième communauté kurde d’Europe, est régulièrement la cible des critiques d’Ankara, qui l’accuse d’accueillir les réseaux mafieux finançant le PKK.

Claude Guéant a rappelé que la police française avait procédé cette année à 32 interpellations de membres supposés de l’organisation, contre 38 l’an dernier, la dernière en date il y a deux semaines dans la région marseillaise.
Le 2 novembre prochain s’ouvrira à Paris le 18 turcs d’origine kurde interpellés en 2007 pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, blanchiment d’argent et financement d’une organisation terroriste. Parmi eux se trouvent Riza Altun, et Nedim Sellen, respectivement le représentant officieux du PKK en Europe et son « trésorier ».

La Turquie reproche à la France de ne pas accepter l’extradition sur son territoire de personnes condamnées dans le cadre de ces procédures, un point qui ne devrait pas être à priori remis en cause cet accord.

Petit tollé

Cet accord intervient alors que le Président de la République Nicolas Sarkozy en visite hier à Erevan a appelé Ankara à reconnaitre le génocide arménien d’ici la fin de son mandat à l’Elysée, ce que la France a fait en 2001 à l’instar d’une vingtaine d’autres pays.

Ces déclarations ont déclenché un petit tollé en Turquie, où le sujet reste extrêmement sensible. Le ministre des Affaires Etrangères turc M. Davutoglu a réagi ce matin en lui renvoyant la balle: « ceux qui ne sont pas capable de regarder en face leur histoire après des siècles de colonialisme […] ne devait pas donner de leçons d’histoire à la Turquie » a-t-il déclaré, taxant Nicolas Sarkozy d’ « opportunisme » a quelques mois de l’élection présidentielle.

Les autorités arméniennes estiment que jusqu’à 1,5 million d’Arméniens ont été tués par les Turcs de l’empire Ottoman pendant la Première guerre mondiale. La Turquie affirme que ce nombre est exagéré et refuse la qualification de « génocide », ce qui pèse notamment sur son dossier de candidature à l’Union européenne.

Le ministre des affaires Européennes turc, M. Egemen Bagis, a quand à lui conseiller au président d’« abandonner le rôle d’historien et de se concentrer plutôt sur des solutions pour sortir la France de la crise », ceci quelques heures avant d’accueillir ce matin avec diplomatie son bras droit et ministre de l’Intérieur pour signer l’accord de coopération…

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LA TURQUIE « INQUIETE » DE LA SITUATION EN SYRIE

Alors que l’armée syrienne est entrée hier dans la ville de Deraa, le gouvernement turc a réitéré ses appels au calme et aux réformes.

Des membres d’une organisation humanitaire islamiste manifestant lundi devant l’ambassade de Syrie à Ankara

La Turquie se déclare « profondément préoccupée » par la situation en Syrie et « appelle à la fin des violences » ainsi qu’à « la mise en œuvre de réformes » après l’intervention ce week-end des chars de l’armée nationale contre la ville de Deraa, principal foyer de la contestation contre le régime de Bachar el-Assad.

L’assaut s’est soldé par la mort d’une trentaine de personnes, à en croire les militants des droits de l’homme présent sur place,  ce qui porte à plus de 350 le nombre des victimes civiles depuis la semaine dernière.

Cette intervention fait suite à un entretien téléphonique entre le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan et le président américain Barak Obama sur les situations en Lybie et en Syrie. La Maison Blanche a par la suite exprimé ses « profondes préoccupations » concernant « l’utilisation inacceptable de la violence par le gouvernement syrien ».

Le gouvernement turc a rappelé de plus aujourd’hui à Ankara son ambassadeur à Damas, Ömür Önhon, qui a pu s’entretenir hier avec le nouveau premier ministre syrien, M. Adel Safar.

Il devrait intervenir demain  à Ankara lors d’une réunion exceptionnelle du Conseil de Sécurité Nationale -réunissant les chefs des armées et de l’exécutif turc- pour décider de la réponse militaire à apporter à la situation.

La Turquie, qui partage 880 kilomètres de frontières avec la Syrie, craint un afflux massif de réfugiés sur son sol si tout autant qu’un embrasement du Kurdistan si l’état central syrien ne s’écroule.

Après des décennies de tensions autour de la question kurde, la Turquie s’était rapproché  ces dernières années du régime baasiste, notamment après l’expulsion du leader kurde Abdullah Öcalan en 1998. Ankara et Damas avait supprimé le système de visas entre les deux pays l’an dernier afin de développer leur relations commerciales.

Le + du Grand Turc : malgré le « Printemps de Damas » en 2000 et les espoirs d’ouverture, la Syrie reste au niveau mondial la 5ème puissance militaire par habitant, avec près de 500 000 soldats pour 22 millions de syriens. Pour comparaison, l’armée française compte environ 300 000 hommes pour une population trois fois supérieure.

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ANKARA REGRETTE LE « RÔLE MAJEUR » DE LA FRANCE EN LIBYE

La Turquie regrette que la France ait pris le leadership des opérations en Libye, auxquelles elle ne participera pas.

Vecdi Gönül, le ministre de la Défense turc

La Turquie a exprimé lundi sa surprise face au rôle de premier plan joué par la France dans l’intervention militaire internationale en Libye.

« Il nous est impossible de comprendre le rôle majeur de la France dans ce processus« , a lancé le ministre de la Défense, Vecdi Gönül. « Nous comprenons mal qu’elle soit l’exécutant des décisions des Nations Unies. Mais par la suite, nous avons cru comprendre que c’étaient les Etats-Unis qui étaient aux commandes« , a-t-il ajouté.

La France est le premier pays de la coalition à avoir dès samedi soir ouvert le feu sur le territoire libyen. Un mois après la -courte- visite de Nicolas Sarkozy à Istanbul, les relations entre l’Hexagone et la Sublime Porte ne semble donc pas s’améliorer.

Cette déclaration intervient le lendemain d’une passe d’armes entre les deux pays autour du rôle que doit jouer l’Otan dans cette situation.
Le Quai d’Orsay plaide pour ne pas l’impliquer afin de ne pas envenimer la situation alors qu’Ankara, soutenu en cela par Berlin, oppose son véto à toute action militaire et propose une intervention purement humanitaire, à laquelle s’oppose Paris.

Les représentants permanents turcs et français à l’OTAN, Haydar Berk et Philippe Errera, se seraient d’ailleurs violemment disputés au cours de la réunion de dimanche. La délégation turque reproche notamment aux français de l’avoir tenu à l’écart d’une réunion portant sur les détails de l’opération« Aube d’une Odyssée », à laquelle la Turquie ne participera pas. 

En effet, après s’être farouchement opposé à toute intervention militaire, Ankara a finalement promis d’apporter la « contribution nécessaire et appropriée » pour résoudre la crise libyenne mais se refuse à participer directement aux affrontements : « Nous ne participerons pas avec nos forces de combats. Il est impensable que nos chasseurs larguent des bombes sur le peuple libyen « , a déclaré le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan à des journalistes dans l’avion qui le ramenait lundi d’une visite en Arabie Saoudite.
« Nous voulons que cette intervention militaire prenne fin le plus tôt possible. Dans le passé, des opérations de ce genre ont tourné à l’occupation et occasionné davantage de pertes civiles
« , a-t-il ajouté, en allusion à l’Irak.

La participation de la Turquie à l’opération devrait se limiter aux efforts de « contrôle » maritime en Méditerranée et d’assistance humanitaire sur le terrain.

Le + du Grand Turc : Le 1er décembre 2010, Recep Tayyip Erdogan s’est vu remettre à Tripoli le « Prix international Kadhafi pour les Droits de l’Homme » (!) qui récompense chaque année les hommes politiques ayant « contribué à rendre un service exceptionnel à l’être humain » comme Fidel Castro (1998) ou Hugo Chavez (2004).

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LA TURQUIE, UN MODELE POUR LA REVOLUTION ARABE ?

Alors que le premier turc a appelé mardi au départ d’Hosni Moubarak, un sondage affirme que 66% des habitants du Moyen-Orient voient la Turquie comme un « modèle ».

C’est en visite au Kirghizstan mardi dernier que Recep Tayyip Erdogan a officiellement appelé au départ  d’Hosni Moubarak, le président égyptien qui avait annoncé la veille ne pas vouloir se représenter aux élections de septembre. « Il ne doit pas seulement calmer la répression à l’égard des manifestants, il doit écouter leur appel et se retirer avant qu’il ne soit trop tard » a déclaré le Premier ministre turc aux journalistes de la chaine NTV.
Tout en vantant les mérites de l’expérience politique turque, il a appelé de ses vœux un changement démocratique au Moyen-Orient afin d’assurer « un avenir plus libre, juste et prospère » pour les peuples de la région.
« On ne doit jamais avoir peur d’élections libres, justes et démocratiques et de la volonté du peuple « a-t-il ajouté, avant d’assurer que « la Turquie soutiendra la Tunisie et le peuple tunisien pendant ce processus critique ».

Erdogan est pour l’instant le seul dirigeant du Moyen-orient à avoir explicitement appelé au départ d’Hosni Moubarak.

Le président turc Abdullah Gül, a insisté sur le fait qu’il était « fier » des avancées réalisées par la Turquie et « heureux » que des « frères » s’en inspirent mais refuse de parler de « modèle  turc» : « Nous sommes conscient de nos limites et nous avons essayé de mener à bien des réformes de notre propre initiative […] mais se présenter comme un modèle serait trop ambitieux ».

Le mois dernier, Rached Ghannouchi, chef du principal parti islamiste tunisien Ennahda, de retour de son exil londonien, avait comparé son mouvement à l’AKP, comme  de nombreux membres des Frères Musulmans égyptiens.

Modèle économique

Selon un sondage paru jeudi,  66 % de ses voisins arabes voient dans la Turquie « un modèle de développement pour les pays du MO » et une « une synthèse réussie d’islam et de démocratie ».
Réalisée l’été dernier  sur 2300 personnes dans 7 pays par la Fondation Turque d’Etudes Economiques et Sociales (TESEV), l’étude montre cependant que la démocratie n’apparait qu’en troisième position des raisons ayant motivé les sondés, après la religion et l’économie.

« la Turquie fait envie au monde arabe » estime quand à lui Hugh Pope, directeur de projet au bureau turc de l’International Crisis Group, « elle est devenu une démocratie solide, dirigée par un leader authentiquement élu, en phase avec l’état d’esprit de la rue, dont l’économie vaut a peu près la moitié de celle de l’ensemble du monde arabe et dont les productions, notamment télévisuelles, sont populaires d’Afghanistan au Maroc. »

Depuis l’arrivée au pouvoir de l’AKP en 2002, la Turquie a resserré ses liens avec ses voisins arabes, ce que certains décrivent comme une politique « néo-ottomane ».
Le pays s’est notamment forgé une image de leader régional auprès de l’opinion publique avec l’incident du Mavi Marmara en mai dernier et ses démêlés diplomatiques avec l’état hébreu.


Le + du Grand Turc : Pour l’instant, Ankara s’inquiète surtout de la flambée du prix du pétrole (7% du pétrole mondial transite chaque jour par le canal de Suez) et la possible fuite des investissements étrangers dont elle a besoin pour financer le déficit grandissant de sa balance commerciale.
Recep Tayyip Erdogan devait se rendre au Caire les 8 et 9 février dernier pour signer une série d’accords bilatéraux stimulant les relations commerciales avec l’Egypte (4 milliards de dollars en 2010). Son voyage a du être reporté.

Le + du Grand Turc : Deux semaines après leur médiation commune au Liban, le ministre des Affaires Etrangères turc, Ahmet Davutoglu, a rencontré à Doha jeudi 3 février le Premier ministre du Qatar, le cheik Hamad bin Jassim bin Jaber Al Thani, pour discuter de la situation égyptienne. Ankara s’est rapproché du Qatar ces dernières années, notamment pour désenclaver la Syrie de l’emprise iranienne.

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