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LA LIGUE ARABE SOUTIENT LA TURQUIE CONTRE DAMAS

Après avoir exclu temporairement la Syrie, la Ligue Arabe a lancé hier à Rabat un nouvel ultimatum à Bachar al-Assad.

Ahmet Davutoglü et le ministre des Affaires Etrangères marocaines M.Taib Fassi Fihri hier a Rabat lors du sommet.

La Ligue Arabe réunie hier a Rabat, au Maroc, a décidé de donner à Bachar el-Assad 3 jours pour mettre fin à la répression des manifestations, libérer l’ensemble des détenus politiques et accepter la venue de 500 observateurs.

Si ce n’est pas le premier, cet ultimatum intervient moins d’une semaine après que l’organisation ait décidé d’exclure temporairement la Syrie pour dénoncer les exactions qui ont fait depuis le début des troubles en mars près de 3500 morts selon l’ONU. Concrètement les diplomates syriens ne peuvent plus assister aux réunions.
La Ligue a déjà eut recours à ce procédé par le passé, notamment en 1979 quand elle exclut l’Égypte après la ratification des accords de Camp David avec Israël. Dernièrement c’est  la Libye de Kadhafi qui avait également été suspendu en février dernier.

Si Damas ne respectait pas cette feuille de route (qu’elle affirme pourtant appliquer depuis deux semaines), la Ligue pourrait alors confirmer cette suspension ou décider de son exclusion définitive, une décision peu réaliste qui demanderait l’unanimité des ses membres. De nouvelles sanctions économiques sont également envisagées.

Elle a toutefois rappelé, dans une déclaration commune avec la Turquie, son opposition à toute intervention étrangère.

UN APPUI ARABE

Présente lors des discussions en tant qu’observateur, la Turquie a salué la décision de la Ligue: « le régime syrien va payer très cher ce qu’il a fait »  confiait hier le ministre turc des Affaires Etrangères M. Ahmet Davutoglü aux journalistes qui l’accompagnait au Forum de Coopération Turco-Arabe qui s’est tenu en marge de la réunion , « on lui a donné une dernière chance mais elles [les autorités syriennes] ne l’ont pas saisi […] l’isolement est ce prix à payer pour ne pas avoir tenu ses engagements envers la communauté internationale».

 Le chef de la diplomatie turque avait reçu la veille le Conseil National Syrien, qui rassemble une importante partie des partis d’opposition au régime d’al-Assad, ceci pour la deuxième fois en moins d’un mois. Les membres du conseil, accueillis a Istanbul depuis le virage sanglant de cet été, en ont profité pour réitérer leur souhait d’obtenir une représentation permanente en Turquie. La décision en revient au Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, qui ne s’est pas encore prononcé qui le sujet.

Ancien allié de Damas,  aujourd’hui en première ligne de la bataille diplomatique, Ankara reçoit un appui arabe fort à ses menaces répétés.
Lundi le ministre de l’énergie turc, M. Taner Yildiz, a annoncé que la compagnie pétrolière publique turque, la TPAO, cessait toute coopération avec son homologue syrien en matière de prospection.
Il a évoqué la possibilité pour la Turquie de ne plus approvisionner son voisin en électricité.

Quelques heures plus tard, le Premier ministre Erdogan, qui comptait il y a peu parmi les amis personnels de Bachar al-Assad, déclarait lors d’une réunion de l’AKP qu' »on ne peut plus lui faire confiance » et que la Syrie est « sur un chemin dangereux », « au bord du gouffre », et doit « faire marche arrière ». « L’histoire de souviendra de ceux qui se nourrissent du sang de leur peuple » a-t-il conclu a l’adresse de son homologue syrien.

JUPPÉ À ANKARA

Ce regain de tension fait suite à l’attaque des représentations diplomatiques turques samedi après l’annonce de la suspension de la Syrie.

Des milliers de manifestant, armés de bâtons et de couteaux, ont notamment  brûlé le drapeau au croissant, un geste hautement symbolique dans la conscience collective turque. Ankara demande des excuses officielles, en plus de celle prononcés peu après par le ministre syrien des Affaires Etrangères Walid al-Moualem, et a fait évacués les familles de ses diplomates.

Appuyé par les régimes arabes, la Turquie peut également compté dans ce bras de fer sur le soutien de la France, dont les représentations consulaires ont également été attaquées par les manifestants.

Le ministre des Affaires Étrangères, Alain Juppé, qui a déclaré s’entendre « parfaitement » avec la Turquie sur le dossier syrien, a annoncé hier le rappel de l’ambassadeur français à Damas et doit se rendre aujourd’hui à Ankara pour évoquer l’avenir d’un régime qu’il a qualifié d’« autiste » devant l’Assemblée Nationale.

Le début d’un rapprochement ?

Le + du Grand Turc

Le ministre de l’Energie turc M.Taner Yildiz, a annoncé qu’après avoir mis un terme à sa collaboration avec la Syrie, la TPAO s’apprêtait à signer avec le géant anglo-néerlandais Shell un accord pour la prospection de pétrole et de gaz off-shore.

 S’il n’a pas précisé dans quelles zones maritimes doivent avoir lieu les explorations, la décision intervient alors que la Turquie est en conflit avec la République de Chypre qui a décidé unilatéralement d’exploiter le gisement Léviathan qu’elle partage avec Israël. Ankara a déjà envoyé un navire de prospection dans les eaux de Chypre-Nord, qu’elle est seule à reconnaitre, et exige que Lefkosa soit associé aux exploitations de la partie sud de l’île.

Le + du Grand Turc

La décision turque de cesser toute collaboration pétrolière avec la Syrie a été « chaleureusement accueilli » à la Maison-Blanche à en croire le conseiller à la sécurité nationale Ben Rhodes.
Certains voient dans l’action combiné de la Turquie et de la Ligue Arabe l’aboutissement d’une manœuvre américaine visant a utiliser ses alliés sunnites dans la région pour contourner les blocages russe et chinois au Conseil de Sécurité de l’ONU. Le ministre turc des Affaires Étrangères, M. Davutoglü a plusieurs fois rejeté l’accusation d’être le « sous-traitant » de Washington : »ce n’est pas parce que les Etats-Unis ont pris position que nous devons détourner nos regard de ce qui se passe en Syrie » s’est-il ainsi défendu la semaine dernière devant le Parlement turc.

Le ministre russe des Affaires Etrangères, Sergei Lavrov, a en tout cas  officiellement regretté la décision de suspendre la Syrie de la Ligue Arabe.

Depuis un accord passé entre Moscou et Damas en 1971, la Russie dispose d’une base navale dans le port de Tartous, actuellement en rénovation pour accueillir l’an prochain des navires lourds, comme des frégates, des croiseurs ou des portes-avions. Cet accès direct sur la Méditerranée est d’une importance géostratégique cruciale pour le Kremlin.

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ANKARA REGRETTE LE « RÔLE MAJEUR » DE LA FRANCE EN LIBYE

La Turquie regrette que la France ait pris le leadership des opérations en Libye, auxquelles elle ne participera pas.

Vecdi Gönül, le ministre de la Défense turc

La Turquie a exprimé lundi sa surprise face au rôle de premier plan joué par la France dans l’intervention militaire internationale en Libye.

« Il nous est impossible de comprendre le rôle majeur de la France dans ce processus« , a lancé le ministre de la Défense, Vecdi Gönül. « Nous comprenons mal qu’elle soit l’exécutant des décisions des Nations Unies. Mais par la suite, nous avons cru comprendre que c’étaient les Etats-Unis qui étaient aux commandes« , a-t-il ajouté.

La France est le premier pays de la coalition à avoir dès samedi soir ouvert le feu sur le territoire libyen. Un mois après la -courte- visite de Nicolas Sarkozy à Istanbul, les relations entre l’Hexagone et la Sublime Porte ne semble donc pas s’améliorer.

Cette déclaration intervient le lendemain d’une passe d’armes entre les deux pays autour du rôle que doit jouer l’Otan dans cette situation.
Le Quai d’Orsay plaide pour ne pas l’impliquer afin de ne pas envenimer la situation alors qu’Ankara, soutenu en cela par Berlin, oppose son véto à toute action militaire et propose une intervention purement humanitaire, à laquelle s’oppose Paris.

Les représentants permanents turcs et français à l’OTAN, Haydar Berk et Philippe Errera, se seraient d’ailleurs violemment disputés au cours de la réunion de dimanche. La délégation turque reproche notamment aux français de l’avoir tenu à l’écart d’une réunion portant sur les détails de l’opération« Aube d’une Odyssée », à laquelle la Turquie ne participera pas. 

En effet, après s’être farouchement opposé à toute intervention militaire, Ankara a finalement promis d’apporter la « contribution nécessaire et appropriée » pour résoudre la crise libyenne mais se refuse à participer directement aux affrontements : « Nous ne participerons pas avec nos forces de combats. Il est impensable que nos chasseurs larguent des bombes sur le peuple libyen « , a déclaré le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan à des journalistes dans l’avion qui le ramenait lundi d’une visite en Arabie Saoudite.
« Nous voulons que cette intervention militaire prenne fin le plus tôt possible. Dans le passé, des opérations de ce genre ont tourné à l’occupation et occasionné davantage de pertes civiles
« , a-t-il ajouté, en allusion à l’Irak.

La participation de la Turquie à l’opération devrait se limiter aux efforts de « contrôle » maritime en Méditerranée et d’assistance humanitaire sur le terrain.

Le + du Grand Turc : Le 1er décembre 2010, Recep Tayyip Erdogan s’est vu remettre à Tripoli le « Prix international Kadhafi pour les Droits de l’Homme » (!) qui récompense chaque année les hommes politiques ayant « contribué à rendre un service exceptionnel à l’être humain » comme Fidel Castro (1998) ou Hugo Chavez (2004).

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LA TURQUIE ET LE QATAR AU CHEVET DU LIBAN

La Turquie entame avec le Qatar une médiation pour désamorcer la crise libanaise. A quelques jours d’une importante réunion sur le nucléaire iranien à Istanbul, le ministre des Affaires Étrangères rejette l’idée française d’exclure Téhéran des négociations.

Les ministres des Affaires Etrangères libanais, qatari (à gauche), et turc (à droite) réunis autour du Premier ministre libanais Saad Hariri

Moins de 24h après avoir accepté lundi la proposition française de créer un « groupe de contact » entre pays du Moyen-Orient (Turquie, Syrie, Qatar, Arabie Saoudite) et puissances occidentales (Etats-Unis et France) pour résoudre la crise libanaise, le gouvernement turc  est en partie revenu hier sur sa décision et propose désormais un « plan d’action » régional incluant l’Iran.

Entre-temps, le ministre des Affaires Étrangères iranien, Ali Akabar Saheli , qui avait déclaré plus tôt ne voir « aucun avantage à ce que des acteurs étrangers s’implique dans cette affaire », s’est rendu à Ankara où  il s’est entretenu toute la nuit avec son homologue turc,  Ahmet Davutoglu.

Le lendemain, en route pour Beyrouth, M.Davutoglu a nuancé la position turque : « nous serions ravis de participer à une réunion sous l’égide de la France […] dont la présence au Conseil de sécurité des Nations-Unies est déterminante […] mais l’effort doit être régional, sans quoi les solutions n’auront rien de durable ».

Interrogé sur le rôle de l’Iran dans la médiation, il a estimé qu’ « aucun acteur ne doit être écarté de ce processus » dont, a-t-il ajouté, le Hezbollah,  « de par son important soutien dans la société libanaise, est l’un des principaux éléments » .

En privé, M.Davutoglu s’est dit inquiet que la crise libanaise ne viennent perturber la tenue du sommet sur le nucléaire iranien qui réunira les 21 et 22 janvier prochain à Istanbul le groupe « P5+1 » (les cinq membres du Conseil de sécurité de l’ONU plus l’Allemagne) et la délégation iranienne.

C’est dans cet esprit qu’il a rejoint hier à Beyrouth le Premier ministre qatari Hamad bin Jassim bin Jaber al Thani pour entamer une série de négociations, en commençant  par le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah.

Divisé

La crise libanais a éclaté le 12 janvier dernier quand l’organisation chiite, financé en partie par Téhéran, a  démissionné et entrainée la chute du gouvernement d’union mené par Saad Hariri.
Le mouvement islamiste et ses alliés –Amal et partis chrétiens – protestent contre le refus du Premier ministre de dénoncer le Tribunal Spécial pour le Liban (TSL) crée en 2006 par l’ONU pour enquêter sur l’assassinat de son père et ancien dirigeant Rafic Hariri.

Le Hezbollah, soupçonné au même titre que les services secrets syriens, ne reconnait pas la légitimité du tribunal, qu’il accuse d’être « un outil sioniste » .

Le Liban est divisé entre une communauté sunnite pro-Hariri soutenue par les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite d’une part, et une communauté chiite soutenue par la  Syrie et l’Iran de l’autre.

Après des mois de tractations, le tandem syro-saoudien, sous l’égide duquel se menait traditionnellement les négociations,  a laisser place au couple Turquie/Qatar, à priori plus neutre en terrain libanais.

Le ministre saoudien des Affaires Étrangères, le prince Saoud al-Faisal, a annoncé ce matin sur la chaine émiratie Al-Arabia que l’Arabie Saoudite arrêtait tout effort de médiation, la situation devenant par trop « dangereuse ».

 

 

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ALICAN TAYLA: « L’UNION EUROPEENNE N’EST PAS LA SEULE OPTION DIPLOMATIQUE DE LA TURQUIE »

 

Alican Tay

ENTRETIEN avec ALICAN TAYLA, chercheur à l’IRIS.
Membre de l’Observatoire de recherche interdisciplinaire sur la Turquie contemporaine (OBTIC), il collabore également à plusieurs magazines turcs.
A l’occasion de la visite à Ankara du ministre français des Affaires Étrangères M.Bernard Kouchner il revient pour nous sur les récentes tensions entre les deux pays.

Quels sont les principaux intérêts de la France en Turquie ?

La Turquie représente un intérêt économique évident pour les entreprises françaises, qui y investissent de plus en plus. C’est la 17eme économie du monde, un pays membre du G20 mais aussi et surtout un grand marché de plus de 75 millions de personnes.
Sur le plan  diplomatique, la Turquie prend également ces dernières années un rôle de plus en plus reconnu de médiateur au Moyen-Orient, au moment même ou la France perd,  elle, sa place de médiateur sur la scène internationale.

Les relations entre les deux pays se sont sensiblement dégradées depuis 2007 et la prise de position de Nicolas Sark ozy contre l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne. Les choses se sont-elles tassées depuis?

La tension reste encore vive en Turquie. Cela s’explique en partie par le fait que la France, et plus particulièrement Jacques Chirac, représentait jusque-là pour les Turcs un appui solide à leur candidature. Avec l’arrivée de Sarkozy, on est passé très rapidement  et de façon radicale à un refus ferme et catégorique.
La gestion de « l’Année de la Turquie  en France » en 2009 a été révélateur de ce changement. A l’origine, l’évènement  avait été voulu et organisé par Chirac lui-même, ca devait être quelque chose d’important. Le Sarkozy a craint que ca ne vienne perturber son électorat, alors que se préparaient les élections européennes, et il a  prit toute une série de mesures pour en limiter la visibilité et la durée.
De la même manière, la visite en France l’an dernière du président Gül a été pour le moins…. expéditive. Elle n’a pas donné lieu à une conférence de presse commune entre les deux chefs d’Etat, chose rare à ce niveau diplomatique.

Ce genre de choses ont fait du bruit dans la presse turque et ont contribué à faire perdre beaucoup de crédibilité au gouvernement français.

L’opinion publique turque en veut-elle à la France ou à son président ?

Nicolas Sarkozy a un engagement tellement personnel et catégorique sur la question de la Turquie que c’est sur son image que se sont cristallisées les tensions. Du point de vue de la presse  turque, Sarkozy a tout du français snob et hypocrite, qui manipule l’entrée de leur pays à des fins électoralistes.
Cela ne veut pourtant pas dire pour autant que la France est désormais persona non grata en Turquie. La visite de Bernard Kouchner à Ankara, par exemple, n’a donné lieu à aucune manifestation et n’a qu’a peine été évoquée dans la presse. Cette crispation, si elle existe, n’a pas vocation à durer.
Et puis la Turquie reste un pays plutôt francophile. La culture française y a joué une influence considérable pendant la période de transition entre la fin de l’Empire Ottoman et le début de la République. Aujourd’hui encore la plupart des intellectuels turcs sont francophones. La plupart des écoles étrangères en Turquie sont des écoles françaises et la langue turque elle-même est remplie de mots directement tirés  du français.

Le vrai risque n’est donc pas une brouille à long terme, mais bien plus un désintérêt progressif des Turcs pour la France et, plus largement, pour l’Europe. L’entrée dans l’UE reste et restera un objectif majeur pour Ankara, mais ce qu’il faut bien comprendre, c’est que l’UE n’est pas sa seule option de la Turquie. Elle  garde toujours des liens diplomatiques très fort avec les Etats-Unis et Israël, malgré ce qu’on pourrait penser. La Turquie a quelqu’un d’autre vers qui se tourner

Au moment où l’UMP le voile intégral en France, l’AKP a permis le retour du voile dans les universités turques. N’y-a-t-il pas entre ces deux pays laïcs un fossé qui se creuse ?

Le problème est plus complexe. La Turquie est l’un des seul pays au monde (avec le Portugal) à inscrire comme la France le mot « laïcité » dans sa Constitution mais sa conception de la chose est totalement différente: la laïcité turque soumet le religieux au politique, alors que la laïcité française les sépare.
C’est ainsi qu’il existe en Turquie un ministère des Affaires Religieuses. Les imams en sont les fonctionnaires et les prêches du vendredi sont financés par les impôts. Il y a des cours d’éducation religieuse à l’école et ils sont obligatoires. Sur les cartes d‘identité, il est fait mention de la religion. C’est quand même très différent de la situation en France.
En fait, il a toujours été difficile du point de vue français de considérer la Turquie comme un pays « laïc », et ce n’est pas le fait de du gouvernement au pouvoir.

L’AKP, lui,  souhaite effectivement réadapter la  législation  en vigueur, mais cela n’en fait pas pour autant un parti islamiste – dans le sens où il ne propose pas d’appliquer la charia comme les islamistes politiques. Il a des références religieuses mais ses réformes ne sont absolument pas inspirées d’une idéologie.
C’est avant tout un parti de droite, libéral et conservateur, qui joue uniquement pour le pouvoir et qui est prêt à faire des concessions. Il ne souhaite pas islamiser la Turquie tout simplement parce que la majorité de son électorat ne le veut pas.

L’armée turque a toujours été la garante indéfectible de la laïcité en Turquie. Les réformes passées  à la rentrée affaiblissent la  présence des militaires dans les hautes instances étatiques, comme le Conseil de Sécurité National. N’y a-t-il pas là tout de même un risque d’islamisation ?

Le référendum du 12 septembre répond à une réelle nécessité pour la Turquie de réformer la constitution de 1982, imposée dans la lignée du coup d’Etat  de 1980 et qui concentre le pouvoir de façon excessive dans les mains de l’exécutif militaire. La réforme de l’AKP ne fait que remettre l’exécutif civil aux commandes, rien de plus.

Par contre, sa large victoire au référendum laisse clairement penser qu’ils vont gagner les prochaines élections qui auront certainement lieu [ndlr: la date n’est pas encore précisément fixée] en 2011 pour les législatives et 2012 pour les présidentielles. Ils auront alors la majorité à l’Assemblée, un président issu de leurs rangs et le contrôle des  institutions judiciaires.
Le danger, si danger il y a, est moins celui d’une l’islamisation rampante que celui d’un pouvoir civil qui s’installe dans la durée et  contrôle toutes les dynamiques économiques et politiques du pays, ce qui est un risque tout aussi grand.


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