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SYRIE: ANKARA MET SES MENACES A ÉXÉCUTION

Ankara emboite le pas de la Ligue Arabe en annonçant ce matin une série de sanctions économiques contre le régime syrien.
En réaction, la Russie envoie sa flotte en méditerranée.

Le ministre des Affaires Étrangères turc Ahmet Davutoglü considère que le régime syrien est « dans l’impasse »

Après de nombreux ultimatums et autant d’appels au calme, la Turquie a finalement mis ses menaces à exécution.

Huit mois après le début de la répression en Syrie, le ministre des Affaires Etrangères turc M.Ahmet Davutoglü a annoncé ce matin une série de sanctions économiques contre Damas assortie d’un embargo sur les armes.
En plus du gel des transactions commerciales et des transactions financières entre les banques centrales des deux pays, la Turquie stoppe toute coopération stratégique avec son voisin.
M Davutoglü a toutefois officiellement rejeté l’idée de couper les livraisons d’eau ou d’électricité, comme l’avait pourtant évoqué la semaine dernière le ministre de l’Energie Taner Yildiz.

Ces sanctions sont l’aboutissement d’un effort diplomatique coordonné avec la Ligue Arabe pour faire plier le régime el-Assad.
Réunis au Caire dimanche dernier en présence de M. Davutoglü, les ministres des Affaires Etrangères de l’organisation ont pris une série mesures de similaires, ainsi que le gel des avoirs syriens et l’arrêt des liaisons aériennes avec Damas.

La Syrie a été suspendu de la Ligue Arabe le 12 novembre dernier alors que l’ONU estime à plus de 4000 le nombre de civils tués depuis le début des troubles en mars, dont au moins 200 mineurs torturés à mort.

« GUERRE ÉCONOMIQUE » 

Avec ce train de sanction, le régime de Damas se trouve dans une situation précaire, qualifié par son ministre des Affaires Etrangères, Walid Al-Moallem, de véritable « guerre économique ». La Syrie, qui dispose de peu de matières premières,  réalise la majorité de ses exportations avec ses voisins arabes et turcs.

De son côté, la Turquie perd là un partenaire économique qui gagnait en importance ces dernières années.
Très dépendante de son commerce extérieur, la Turquie a besoin des routes syriennes pour exporter ses produits vers le reste du Machrek. Après avoir aboli l’obligation de visa en 2009, le volume des échanges entre les deux pays avait atteint 2.5 milliards de dollars l’an dernier.

Interrogé sur la question, le ministre turc des Transports, Binali Yildrim, a annoncé mardi qu’Ankara prévoyait l’ouverture de nouveaux postes frontières avec l’Irak, qui est appelé selon lui à devenir « la nouvelle route commerciale » de la Turquie.

LA RUSSIE HAUSSE LE TON

L'Amiral Kouznetov, le seul porte-avions russe, en route pour les côtes syriennes. Moscou assure que ces manoeuvres étaient prévues de longue date.

Autre source d’inquiétude à Ankara, les tensions grandissantes avec Moscou qui est aussi son premier partenaire énergétique.

Après avoir bloqué le mois dernier à l’ONU le projet de résolution contre le régime de Bachar-el-Assad, le ministre russe des Affaires Étrangères Serguei Lavrov, s’est insurgé hier contre l’ « injuste » embargo sur les armes imposé à la Syrie.
La Russie, qui lui aura fourni cette année pour 3.5 milliards de dollars de matériel militaire, s’occupe principalement de la modernisation de ses forces armées (chars T-72, Mig-29…) et l’installation de batteries de missiles sol-air S-300.

L’amirauté russe a d’ores et déjà annoncé le déploiement avant la fin de l’année d’une partie de sa flotte, notamment son unique porte-avions, le Kouznetsov, au large du port de Tartous où Moscou dispose d’une base permanente.

La Turquie quand à elle, si elle rejette toujours le principe d’une intervention militaire, s’est toutefois déclaré prête « à tous les scénarios« .

Le + du Grand Turc: le rapprochement des frères ennemis se poursuit : après la visite la semaine dernière d’Alain Juppé à Ankara, la France a invité la Turquie à la réunion des ministres des Affaires Étrangères européens demain à Bruxelles pour évoquer le cas syrien.
Une première qu’en toute subjectivité la rédaction du Grand Turc applaudit des deux mains.

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LA LIGUE ARABE SOUTIENT LA TURQUIE CONTRE DAMAS

Après avoir exclu temporairement la Syrie, la Ligue Arabe a lancé hier à Rabat un nouvel ultimatum à Bachar al-Assad.

Ahmet Davutoglü et le ministre des Affaires Etrangères marocaines M.Taib Fassi Fihri hier a Rabat lors du sommet.

La Ligue Arabe réunie hier a Rabat, au Maroc, a décidé de donner à Bachar el-Assad 3 jours pour mettre fin à la répression des manifestations, libérer l’ensemble des détenus politiques et accepter la venue de 500 observateurs.

Si ce n’est pas le premier, cet ultimatum intervient moins d’une semaine après que l’organisation ait décidé d’exclure temporairement la Syrie pour dénoncer les exactions qui ont fait depuis le début des troubles en mars près de 3500 morts selon l’ONU. Concrètement les diplomates syriens ne peuvent plus assister aux réunions.
La Ligue a déjà eut recours à ce procédé par le passé, notamment en 1979 quand elle exclut l’Égypte après la ratification des accords de Camp David avec Israël. Dernièrement c’est  la Libye de Kadhafi qui avait également été suspendu en février dernier.

Si Damas ne respectait pas cette feuille de route (qu’elle affirme pourtant appliquer depuis deux semaines), la Ligue pourrait alors confirmer cette suspension ou décider de son exclusion définitive, une décision peu réaliste qui demanderait l’unanimité des ses membres. De nouvelles sanctions économiques sont également envisagées.

Elle a toutefois rappelé, dans une déclaration commune avec la Turquie, son opposition à toute intervention étrangère.

UN APPUI ARABE

Présente lors des discussions en tant qu’observateur, la Turquie a salué la décision de la Ligue: « le régime syrien va payer très cher ce qu’il a fait »  confiait hier le ministre turc des Affaires Etrangères M. Ahmet Davutoglü aux journalistes qui l’accompagnait au Forum de Coopération Turco-Arabe qui s’est tenu en marge de la réunion , « on lui a donné une dernière chance mais elles [les autorités syriennes] ne l’ont pas saisi […] l’isolement est ce prix à payer pour ne pas avoir tenu ses engagements envers la communauté internationale».

 Le chef de la diplomatie turque avait reçu la veille le Conseil National Syrien, qui rassemble une importante partie des partis d’opposition au régime d’al-Assad, ceci pour la deuxième fois en moins d’un mois. Les membres du conseil, accueillis a Istanbul depuis le virage sanglant de cet été, en ont profité pour réitérer leur souhait d’obtenir une représentation permanente en Turquie. La décision en revient au Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, qui ne s’est pas encore prononcé qui le sujet.

Ancien allié de Damas,  aujourd’hui en première ligne de la bataille diplomatique, Ankara reçoit un appui arabe fort à ses menaces répétés.
Lundi le ministre de l’énergie turc, M. Taner Yildiz, a annoncé que la compagnie pétrolière publique turque, la TPAO, cessait toute coopération avec son homologue syrien en matière de prospection.
Il a évoqué la possibilité pour la Turquie de ne plus approvisionner son voisin en électricité.

Quelques heures plus tard, le Premier ministre Erdogan, qui comptait il y a peu parmi les amis personnels de Bachar al-Assad, déclarait lors d’une réunion de l’AKP qu' »on ne peut plus lui faire confiance » et que la Syrie est « sur un chemin dangereux », « au bord du gouffre », et doit « faire marche arrière ». « L’histoire de souviendra de ceux qui se nourrissent du sang de leur peuple » a-t-il conclu a l’adresse de son homologue syrien.

JUPPÉ À ANKARA

Ce regain de tension fait suite à l’attaque des représentations diplomatiques turques samedi après l’annonce de la suspension de la Syrie.

Des milliers de manifestant, armés de bâtons et de couteaux, ont notamment  brûlé le drapeau au croissant, un geste hautement symbolique dans la conscience collective turque. Ankara demande des excuses officielles, en plus de celle prononcés peu après par le ministre syrien des Affaires Etrangères Walid al-Moualem, et a fait évacués les familles de ses diplomates.

Appuyé par les régimes arabes, la Turquie peut également compté dans ce bras de fer sur le soutien de la France, dont les représentations consulaires ont également été attaquées par les manifestants.

Le ministre des Affaires Étrangères, Alain Juppé, qui a déclaré s’entendre « parfaitement » avec la Turquie sur le dossier syrien, a annoncé hier le rappel de l’ambassadeur français à Damas et doit se rendre aujourd’hui à Ankara pour évoquer l’avenir d’un régime qu’il a qualifié d’« autiste » devant l’Assemblée Nationale.

Le début d’un rapprochement ?

Le + du Grand Turc

Le ministre de l’Energie turc M.Taner Yildiz, a annoncé qu’après avoir mis un terme à sa collaboration avec la Syrie, la TPAO s’apprêtait à signer avec le géant anglo-néerlandais Shell un accord pour la prospection de pétrole et de gaz off-shore.

 S’il n’a pas précisé dans quelles zones maritimes doivent avoir lieu les explorations, la décision intervient alors que la Turquie est en conflit avec la République de Chypre qui a décidé unilatéralement d’exploiter le gisement Léviathan qu’elle partage avec Israël. Ankara a déjà envoyé un navire de prospection dans les eaux de Chypre-Nord, qu’elle est seule à reconnaitre, et exige que Lefkosa soit associé aux exploitations de la partie sud de l’île.

Le + du Grand Turc

La décision turque de cesser toute collaboration pétrolière avec la Syrie a été « chaleureusement accueilli » à la Maison-Blanche à en croire le conseiller à la sécurité nationale Ben Rhodes.
Certains voient dans l’action combiné de la Turquie et de la Ligue Arabe l’aboutissement d’une manœuvre américaine visant a utiliser ses alliés sunnites dans la région pour contourner les blocages russe et chinois au Conseil de Sécurité de l’ONU. Le ministre turc des Affaires Étrangères, M. Davutoglü a plusieurs fois rejeté l’accusation d’être le « sous-traitant » de Washington : »ce n’est pas parce que les Etats-Unis ont pris position que nous devons détourner nos regard de ce qui se passe en Syrie » s’est-il ainsi défendu la semaine dernière devant le Parlement turc.

Le ministre russe des Affaires Etrangères, Sergei Lavrov, a en tout cas  officiellement regretté la décision de suspendre la Syrie de la Ligue Arabe.

Depuis un accord passé entre Moscou et Damas en 1971, la Russie dispose d’une base navale dans le port de Tartous, actuellement en rénovation pour accueillir l’an prochain des navires lourds, comme des frégates, des croiseurs ou des portes-avions. Cet accès direct sur la Méditerranée est d’une importance géostratégique cruciale pour le Kremlin.

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