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LA PRESSE TURQUE TOUJOURS SOUS PRESSION

La Turquie célébrait hier le 50ème anniversaire de la Journée des  Journalistes  alors que la rédactrice d’un journal kurde vient d’être condamnée à…138 ans de prison !

A l’occasion du 50ème anniversaire de la Journée des Journalistes, hier, le Syndicat des Journalistes Turcs (TGS) a dénoncé les menaces qui pèsent toujours sur la situation de la presse en Turquie.

A en croire son président,  Ercan Ipekci, plus de 50 journalistes seraient  actuellement emprisonnés, et près de 4000 feraient toujours l’objet d’une enquête. Parmi les personnes incarcérées, seule une minorité a été effectivement condamnée, la plupart attendant leur procès en prison.

« L’actuelle législation rend impossible de s’opposer aux procédures engagées contre les journalistes » a-t-il déploré,  » la Turquie a besoin d’amendements législatifs pour permettre  aux journalistes de faire leur travail tranquillement. »

La Journée des  Journalistes célèbre le vote de la loi n°212 du 10 janvier 1961 définissant les droits professionnels et économiques des journalistes. Elle est depuis en concurrence avec les nombreux articles du code pénal turc limitant la liberté d’expression, sanctionnant tout ce qui se rapporte de près ou de loin à l’armée ou la question kurde.

Le tristement célèbre article 301 du code pénal, punissant de prison ceux « dénigrent le peuple turc« , a été utilisé il y a peu, par exemple, pour arrêter le chroniqueur du quotidien libéral Taraf, Rasim Ozan Kütahyali , qui avait critiqué qu’un régiment se voit baptisé « Mustafa Muglali », du nom d’un général reconnu coupable d’avoir fusillé 33 villageois kurdes en 1943.
Il risque deux ans de prison, pour « humiliation de l’armée » et donc, par extension, du peuple turc.

La loi anti-terroriste de 1991 (et ses amendements de 2006) condamnant la « propagande d’une organisation terroriste » est une autre des menaces qui pèse quotidiennement sur la presse turque, la notion de « propagande » restant assez floue pour sanctionner toute allusion quel qu’elle soit au PKK. Le simple fait de relayer une déclaration officielle de l’organisation terroriste passe ainsi sous le coup de cette loi.
Le 30 décembre dernier, par exemple, un tribunal de Diyarbakir, au Kurdistan,  est allé jusqu’à condamner Emine Demir, l’éditrice d’un journal indépendantiste kurde à…. 138 ans de prison (!) pour 84 articles sur le PKK, soit une moyenne de 18 mois de prison par article.

Le président du Parlement, Mehmet Ali Sahin, a visité hier l’Association des Correspondants du Parlement, dirigée par Göksel Bozkurt, du journal Daily News. Il a déclaré : » les règles de la neutralité, de l’objectivité et de l’éthique ne devrait pas être ignorée des membres de la presse quand il remplisse leur devoir« .

Les intéressés apprécieront.

 

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LIBERTE DE LA PRESSE : VERS UNE REFORME ?

Ankara affirme travailler à un assouplissement du Code Pénal Turc pour mieux protéger la liberté de la presse. Les mesures annoncées restent prudentes.

Le ministère de la Justice turc a annoncé la semaine dernière qu’il étudiait un projet de loi visant à protéger les journalistes des poursuites judiciaires qui se multiplient ces dernières années à leur encontre. Le document, qui devrait être présenté sous peu au parlement, prévoit d’amender les articles 215, 216, 220, 318 et le tristement célèbre article 301 du Code pénal turc.

Ces articles punissent de peine de prison tous ceux qui « instigue la haine et l’inimité » au sein de la société turque (art.216), « font la promotion d’organisation terroriste » (art.220), « engendre le mécontentement vis-à-vis de l’’armée » (art.318) ou « dénigrent la Nation turque » (art.301).

Jusque là, la loi considérait comme circonstance aggravante le fait de commettre ces crimes par voie de presse, la sentence en était alors alourdie. Les amendements du projet de loi visent à supprimer cette circonstance aggravante, bien que peines de prisons restent néanmoins possibles pour punir les contrevenants.

En demi-teinte

L’annonce intervient alors que le gouvernement turc prend pour 6 mois la tête du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe (garant du système européen de la protection des Droits de l’Homme) mais surtout une semaine seulement après un rapport en demi-teinte de la Commission sur ses chances d’adhésion à l’UE.

Tout en saluant la précédente réforme de l’article 301 et en reconnaissant une liberté d’expression de plus en plus grande sur « des sujets sensibles », comme les questions kurdes ou arméniennes,  Bruxelles déplorait pourtant les « pressions excessives sur les médias et les incertitudes légales [qui] affectent l’exercice de la liberté de la presse dans la pratique ».

Statistiquement, la Turquie a chuté dans le classement annuel de l’organisation Reporter Sans Frontières de la 98ème (sur 167) à la 138ème place (sur 178).
Concrètement, Ankara reconnait quelques 5000 poursuites judiciaires contre des journalistes ou des éditeurs. 25 d’entre eux sont accusés d’appartenir à une organisation terroriste, 5 sont actuellement derrière les barreaux.

Le ministère de la Justice annonce une série de mesures complémentaires après les élections législatives de 2011, sans donner plus de détails.

 

Le + du Grand Turc : Une grande partie de ces procès ont rapport de près ou de loin au scandale Ergenekon qui secoue la société turque depuis 2007. L’affaire est complexe et met en cause les réseaux parallèles de l’armée turque dans la préparation d’un coup d’Etat contre l’AKP.

Il est à ce sujet intéressant de remarquer que la plupart des accusations pesant sur les   journalistes au sein de cette affaire l’ont été sur le fondement des articles 284 et 285 du Code pénal turc, des articles ignorés par le projet de loi en question.

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