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SELON WIKILEAKS, ERDOGAN NE « CONTRÔLE PAS LES MILITAIRES »

Le premier Ministre Recep Tayyip Erdogan aurait admis en 2004 être incapable d’interdire les survols du territoire grec de la mer Egée par l’armée de l’air turque.

Des f-16 de l'armée de l'air turque au dessus de la mer Egee

A en croire un câble diplomatique, récemment révélée par le site Wikileaks, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan aurait confié en 2004 au ministre des Affaires Etrangères néerlandais de l’époque, Bernard Bot, qu’ « il ne pouvait ordonner l’arrêt des vols au dessus de la mer Egée car il ne contrôlait pas les militaires »

La note, en date du 2 décembre, se faisait l’écho d’une rencontre entre Bot et l’ambassadeur américain à Ankara  quelques jours avant une importante réunion des dirigeants européens sur la question de l’entrée de la Turquie dans l’UE, alors que l’aviation turque multipliait ses incursions dans l’espace aérien grec, ce qui faisait craindre un blocage des négociations par Athènes.

Selon le document, Bot aurait demandé l’arrêt temporaire des survols au Premier ministre Recep Tayyip Erdogan qui lui aurait alors admis son manque de prise sur la hiérarchie militaire.

Bot aurait alors demandé aux Etats-Unis de faire pression directement sur les généraux turcs.

L’armée a toujours été très indépendante du pouvoir politique turc, qu’elle a renversé 4 fois depuis 1960. Ses relations avec AKP, au pouvoir depuis 2002, sont extrêmement tendues sur la question très sensible de la laïcité comme sur les dossiers grecs et chypriotes, où elle se refuse à tout compromis.

Malgrès les récents rapprochements diplomatiques, la Grèce et la Turquie entretiennent toujours de nombreux contentieux territoriaux en mer Égée.

Le dernier survol en date est survenu le 7 janvier dernier, deux jours avant  une visite en Turquie du Premier ministre grec, M. Georges Papandreou.

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LA TURQUIE POURSUIT SON PROJET DE « ZONE SCHENGEN » AU MOYEN-ORIENT

Après ses voisins arabes directs, la Turquie a étendu hier sa zone d’exemption de visas au Yemen. Recep Tayyip Erdogan se défend pourtant de chercher « une alternative à l’UE » .

Le président turc, M.Abdullah Gül, a annoncé hier lors d’une visite au Yemen qu’Ankara et Sanaa avaient mutuellement levé l’obligation de visas entre les deux pays.

Après la Jordanie, la Syrie et le Liban, c’est donc désormais à un pays de la péninsule arabique que va s’étendre la politique de libre circulation des personnes que mène la Turquie depuis plusieurs années.

Le même jour, le Liban accueillait à Beyrouth des ministres turcs, syriens et jordaniens pour discuter du projet de visas touristiques communs entre les pays.

L’an dernier, ces quatre états s’étaient mis d’accord pour créer à terme une « zone de libre circulation des biens et des personnes » semblable à la Zone Schengen et avaient appelé les autres pays de la région à rejoindre le mouvement.

Certains analystes voient dans cette initiative la réponse d’Ankara aux réticences européenne de voir la Turquie intégrer un jour l’UE.

Interrogé sur la question, le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, en pleine visite diplomatique lui aussi, a rejeté ces accusations : « Je ne vois pas cette initiative comme une alternative à l’Union Européenne. L’aspect fondamental de cette mesure est économique, même si bien sur il y a un aspect politique, qui tient de la solidarité » a-t-il déclaré dans l’avion qui le menait du Koweit  à Doha, au Qatar.

La Turquie avait aboli en juillet dernier l’obligation de visas vis-à-vis de la Serbie, un autre candidat à l’UE.

Le Koweït pourrait être le prochain état concerné.

 

Le + du Grand Turc : Lors d’une conférence mardi à Koweït City, le premier ministre s’est félicité de l’amélioration des relations entre la Turquie et ses voisins arabes, ce que « certains », entendez Israël,  » peuvent déplorer » .
Il aurait ensuite expliqué  les « problèmes qu’il y avait pu avoir entre les Turcs et les Arabes au siècle dernier » par les campagnes de désinformation de « certaines puissances » …

 

 

 

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LE SOMMET DE LA NOUVELLE DIPLOMATIE TURQUE

Les principaux acteurs de la diplomatie turque sont réunis cette semaine pour définir de nouveaux objectifs sur la scène internationale. L’occasion pour Ankara d’afficher ses ambitions.

Ahmet Davutoglu

« La Turquie peut être considéré comme un des 10 pays qui ont le plus contribué à remodeler le monde l’année dernière » et l’un des plus « raisonnables de la communauté internationale» a affirmé le ministre turc des Affaires Etrangères, M. Ahmet Davutoglu mardi dernier en ouverture de la réunion des ambassadeurs à Ankara. « L’objectif premier », a-t-il ajouté, « est de faire de la république turque un pays plus fort et plus influent dans les prochaines décennies ».

En référence à l’aide apportée cet été à Israël dans sa lutte contre les feux de forêts, il a comparé les diplomates turcs à des pompiers chargés d’éteindre les crises internationales, situation qu’il a appelé à dépasser : « Un diplomate turc est comme un pompier […] mais nous voulons être aussi des architectes. Certains font les plans et nous devons accourir quand le feu éclate. C’est une mauvaise chose. Nous ne pouvons être un pays qui attends et réagit […] La Turquie devra dans l’avenir prévenir les crises avant qu’elles ne surviennent au lieu de réagir après-coup ».

Sous l’impulsion M.Davutoglu et du président Abdullah Gül, la Turquie cherche depuis quelques années à se voir reconnaitre un rôle d’intermédiaire incontournable au Moyen-Orient, où elle a entre autres proposé sa médiation dans le dossier du nucléaire iranien ainsi qu’en Afghanistan (v.plus bas). Le ministre afghan des Affaires Etrangères, M.Zalmai Rassoul est d’ailleurs intervenu à l’ouverture de la réunion pour remercier la Turquie  de ses efforts dans le processus de réconciliation nationale.

Interrogé sur la nouvelle politique internationale tous azimuts d’Ankara, que certains critiques décrivent comme « néo-ottomane », il a précisé : « nous n’avons aucune intention de gérer les affaires d’autrui. Mais nous ne laisserons personne s’immiscer dans les nôtres ».

Le ministre des Affaires Etrangères a par ailleurs prévenu : « La Turquie ne choisira pas entre l’Union Européenne et Chypre ».

Le sommet, qui réunit près de 200 ambassadeurs et hauts-fonctionnaires du ministère des affaires Etrangères, se tient toute la semaine, à Ankara puis à Erzurum, sur le thème « Diplomatie visionnaire : ordre global et régional depuis la perspective turque ».

Le premier ministre grec, M. George Papandreou, est attendu en fin de semaine pour clore le sommet et discuter du projet de barrière à la frontière gréco-turque.

 

Le + du Grand Turc : Ankara a lancé en 2007 une série de réunion tripartite entre la Turquie, l’Afghanistan et le Pakistan. Le dernier sommet s’est tenu en décembre dernier et s’est conclu notamment par l’annonce d’exercices militaires communs. Mais la vraie surprise était ailleurs : en marge du sommet, Hamid Karzai, le président afghan, a annoncé que les talibans se préparaient à ouvrir un bureau de représentation en Turquie pour faciliter les négociations qui ne manqueront pas de s’ouvrir avant le départ des troupes de l’ISAF.
L’information a été confirmée ultérieurement par le président turc, M. Abdullah Gül.

 

 

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LA GRECE JUSTIFIE SON PROJET DE MUR A LA FRONTIERE TURQUE

Athènes a défendu hier son projet d’édifier une clôture de 12,5 km à la frontière turque, le long de la rivière Evros, pour mieux contrôler l’afflux d’immigrants clandestins.

« La Grèce a dépassé ses limites en terme de capacités d’accueil des migrants » déclaré hier le ministre grec de la Protection Citoyenne, Christos Papoutsis, après avoir annoncé l’érection d’un mur de 12,5 km le long de la frontière turque  destiné à empêcher les migrants de rentrer illégalement en territoire grec. Dénonçant « l’hypocrisie de ceux qui critiquent » ce plan sans connaitre « la dure réalité à laquelle les citoyens grecs sont obligés de réagir », il a annoncé dans la foulée la mise en place d’une nouvelle politique d’immigration plus restrictive et la création d’une autorité indépendante chargé d’examiner les demandes d’asile.

A Bruxelles, Michel Cercone, le porte-parole de la commissaire européenne aux Affaires Intérieures Cecilia Malmstroem, a regretté la mesure, estimant que « les murs sont des mesures à court-terme qui ne permette pas de s’attaquer au problème de l’immigration clandestine de manière structurelle »

Coté turc, le gouverneur de la province frontalière d’Erdine, M. Gökhan Sözer, a pour sa part estimé que cette barrière « sera utile à la Grèce » tout en défendant le travail des gardes frontières turcs qui selon lui « travaillent dur pour arrêter les migrants illégaux»

La Turquie est régulièrement  accusée par la Grèce de ne pas faire suffisamment d’effort en matière de lutte contre l’immigration clandestine.

Membre de l’espace Schengen, la Grèce est le point d’entrée favori des migrants entrant en Europe, notamment depuis le renforcement des contrôles maritimes de Frontex, la police européenne des frontières.
On estime que 90% des clandestins entrant dans l’UE passent par la Grèce via la Turquie, soit quelques  130 000 personnes l’année dernière. La Grèce, en proie a une crise économique sans précédent,  compterait plus de 1,5 millions d’immigrés, sur une population totale de 11 millions d’habitants.

Si la Grèce possède plus de 200 km de frontières avec la Turquie, c’est dans la zone ciblée, entre les villes d’Orestiasa et de Vissa, que la majorité des clandestins tentent leur chance.

Le mur, composé de barbelés et de caméras thermiques, devrait être  achevé d’ici la fin mars.

Le + du Grand Turc : Les clandestins,la plupart Afghans , entrent en Turquie via la région du Kurdistan, le long de sa frontière orientale. Escarpées et difficiles d’accès, donc de contrôle, les routes montagneuses du Kurdistan sont utilisés par la mafia locale comme par les séparatistes kurdes pour acheminer hommes, stupéfiant et produits de contrebande.

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ALICAN TAYLA: « L’UNION EUROPEENNE N’EST PAS LA SEULE OPTION DIPLOMATIQUE DE LA TURQUIE »

 

Alican Tay

ENTRETIEN avec ALICAN TAYLA, chercheur à l’IRIS.
Membre de l’Observatoire de recherche interdisciplinaire sur la Turquie contemporaine (OBTIC), il collabore également à plusieurs magazines turcs.
A l’occasion de la visite à Ankara du ministre français des Affaires Étrangères M.Bernard Kouchner il revient pour nous sur les récentes tensions entre les deux pays.

Quels sont les principaux intérêts de la France en Turquie ?

La Turquie représente un intérêt économique évident pour les entreprises françaises, qui y investissent de plus en plus. C’est la 17eme économie du monde, un pays membre du G20 mais aussi et surtout un grand marché de plus de 75 millions de personnes.
Sur le plan  diplomatique, la Turquie prend également ces dernières années un rôle de plus en plus reconnu de médiateur au Moyen-Orient, au moment même ou la France perd,  elle, sa place de médiateur sur la scène internationale.

Les relations entre les deux pays se sont sensiblement dégradées depuis 2007 et la prise de position de Nicolas Sark ozy contre l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne. Les choses se sont-elles tassées depuis?

La tension reste encore vive en Turquie. Cela s’explique en partie par le fait que la France, et plus particulièrement Jacques Chirac, représentait jusque-là pour les Turcs un appui solide à leur candidature. Avec l’arrivée de Sarkozy, on est passé très rapidement  et de façon radicale à un refus ferme et catégorique.
La gestion de « l’Année de la Turquie  en France » en 2009 a été révélateur de ce changement. A l’origine, l’évènement  avait été voulu et organisé par Chirac lui-même, ca devait être quelque chose d’important. Le Sarkozy a craint que ca ne vienne perturber son électorat, alors que se préparaient les élections européennes, et il a  prit toute une série de mesures pour en limiter la visibilité et la durée.
De la même manière, la visite en France l’an dernière du président Gül a été pour le moins…. expéditive. Elle n’a pas donné lieu à une conférence de presse commune entre les deux chefs d’Etat, chose rare à ce niveau diplomatique.

Ce genre de choses ont fait du bruit dans la presse turque et ont contribué à faire perdre beaucoup de crédibilité au gouvernement français.

L’opinion publique turque en veut-elle à la France ou à son président ?

Nicolas Sarkozy a un engagement tellement personnel et catégorique sur la question de la Turquie que c’est sur son image que se sont cristallisées les tensions. Du point de vue de la presse  turque, Sarkozy a tout du français snob et hypocrite, qui manipule l’entrée de leur pays à des fins électoralistes.
Cela ne veut pourtant pas dire pour autant que la France est désormais persona non grata en Turquie. La visite de Bernard Kouchner à Ankara, par exemple, n’a donné lieu à aucune manifestation et n’a qu’a peine été évoquée dans la presse. Cette crispation, si elle existe, n’a pas vocation à durer.
Et puis la Turquie reste un pays plutôt francophile. La culture française y a joué une influence considérable pendant la période de transition entre la fin de l’Empire Ottoman et le début de la République. Aujourd’hui encore la plupart des intellectuels turcs sont francophones. La plupart des écoles étrangères en Turquie sont des écoles françaises et la langue turque elle-même est remplie de mots directement tirés  du français.

Le vrai risque n’est donc pas une brouille à long terme, mais bien plus un désintérêt progressif des Turcs pour la France et, plus largement, pour l’Europe. L’entrée dans l’UE reste et restera un objectif majeur pour Ankara, mais ce qu’il faut bien comprendre, c’est que l’UE n’est pas sa seule option de la Turquie. Elle  garde toujours des liens diplomatiques très fort avec les Etats-Unis et Israël, malgré ce qu’on pourrait penser. La Turquie a quelqu’un d’autre vers qui se tourner

Au moment où l’UMP le voile intégral en France, l’AKP a permis le retour du voile dans les universités turques. N’y-a-t-il pas entre ces deux pays laïcs un fossé qui se creuse ?

Le problème est plus complexe. La Turquie est l’un des seul pays au monde (avec le Portugal) à inscrire comme la France le mot « laïcité » dans sa Constitution mais sa conception de la chose est totalement différente: la laïcité turque soumet le religieux au politique, alors que la laïcité française les sépare.
C’est ainsi qu’il existe en Turquie un ministère des Affaires Religieuses. Les imams en sont les fonctionnaires et les prêches du vendredi sont financés par les impôts. Il y a des cours d’éducation religieuse à l’école et ils sont obligatoires. Sur les cartes d‘identité, il est fait mention de la religion. C’est quand même très différent de la situation en France.
En fait, il a toujours été difficile du point de vue français de considérer la Turquie comme un pays « laïc », et ce n’est pas le fait de du gouvernement au pouvoir.

L’AKP, lui,  souhaite effectivement réadapter la  législation  en vigueur, mais cela n’en fait pas pour autant un parti islamiste – dans le sens où il ne propose pas d’appliquer la charia comme les islamistes politiques. Il a des références religieuses mais ses réformes ne sont absolument pas inspirées d’une idéologie.
C’est avant tout un parti de droite, libéral et conservateur, qui joue uniquement pour le pouvoir et qui est prêt à faire des concessions. Il ne souhaite pas islamiser la Turquie tout simplement parce que la majorité de son électorat ne le veut pas.

L’armée turque a toujours été la garante indéfectible de la laïcité en Turquie. Les réformes passées  à la rentrée affaiblissent la  présence des militaires dans les hautes instances étatiques, comme le Conseil de Sécurité National. N’y a-t-il pas là tout de même un risque d’islamisation ?

Le référendum du 12 septembre répond à une réelle nécessité pour la Turquie de réformer la constitution de 1982, imposée dans la lignée du coup d’Etat  de 1980 et qui concentre le pouvoir de façon excessive dans les mains de l’exécutif militaire. La réforme de l’AKP ne fait que remettre l’exécutif civil aux commandes, rien de plus.

Par contre, sa large victoire au référendum laisse clairement penser qu’ils vont gagner les prochaines élections qui auront certainement lieu [ndlr: la date n’est pas encore précisément fixée] en 2011 pour les législatives et 2012 pour les présidentielles. Ils auront alors la majorité à l’Assemblée, un président issu de leurs rangs et le contrôle des  institutions judiciaires.
Le danger, si danger il y a, est moins celui d’une l’islamisation rampante que celui d’un pouvoir civil qui s’installe dans la durée et  contrôle toutes les dynamiques économiques et politiques du pays, ce qui est un risque tout aussi grand.


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